01 décembre 2009

C'est du propre

On croyait avoir trouvé un moyen pour que le peuple français abandonne un des pans les moins glorieux de son particularisme culturel, une tendance à la relativité hygiénique qui doit participer à notre identité nationale. Une aversion qui doit trouver ses origines dans l'enfance, un effet secondaire des horribles savons tournants, en forme de ballons de rugby embrochés sur un pic métallique, qui équipaient l'ensemble des écoles primaires et maternelles de l'hexagone. Depuis l’alerte pandémique à la grippe A, on croyait en effet rêver : la plupart des Français se lavaient les mains plusieurs fois par jour. Il y avait du savon dans les toilettes des restaurants, et pas seulement un distributeur vide. Parfois, même, des serviettes propres. Les plus extrémistes, après s’être résolus à manger 5 fruits et légumes par jour, à ne plus dépasser les limitations de vitesse, à pratiquer une activité physique régulière, à ne plus fumer, à ne plus baiser sans capote et ne plus boire sans modération poussaient le bouchon jusqu’à acheter des flacons de solution hydro-alcoolique, dans le pays où mélanger de l’alcool à de l’eau s’est souvent limité à la préparation de l’apéritif anisé. On se prenait à espérer que la prochaine épidémie mondiale se propage par les dessous de bras.

Mais ça y est, tout va rentrer dans l’ordre si j’en crois les nouvelles de la semaine dernière. Mes compatriotes se ruent sur le vaccin qui pourra de nouveau les dispenser de se laver les mains après avoir fait pipi.

23 novembre 2009

Touche pas à mon pot

Deux ans c'est le bon âge. Le moment où le petit d'homme communique avec le monde extérieur, y compris avec ses parents, par un langage évolué, qui ne tardera malheureusement pas à se muer en borborygmes et SMS avec les années. Les surprises sont d'autant plus grandes que les premières phrases se conjuguent aux débuts de la propreté (si on peut considérer que faire ses besoins dans un pot réutilisable, susceptible de se renverser et d'être transporté aux quatre coins d'un appartement est plus propre que de les faire dans une couche bien arrimée au derrière, fermée par des adhésifs et jetable après usage).

Ainsi, hier, alors que nous profitions de l'idéal parc de Merl, qui propose à la fois des toboggans, des tourniquets, des balançoires, un bac à sable, un (faux) crocodile tournant, des (vrais) canards, un plan d'eau et un café bien équipé en tartes aux pommes, crêpes, vin chaud, bière fraîche, jeux pour enfants, magazines pour adultes, chiens gentils, mémés souriantes, chaises hautes et toilettes d'une propreté relativement acceptable, nous avons eu droit à l'échange suivant :

"- Alors, Hélène, tu es allée faire pipi dans le café ?

- Non Papa, pas dans le café. Et pas dans la grenadine. Dans les toilettes."

16 novembre 2009

Impôts, beaucoup, passionnément, à la folie...


Depuis mon mariage, j'entretiens une relation épistolaire suivie avec des fonctionnaires. C'est une curieuse perversion, j'en conviens, mais la fréquence de nos échanges est assez espacée, puisqu'ils se résument à une déclaration dans l'année et à une réponse, quelques mois plus tard, pour nous annoncer, selon les circonstances (mariage, naissance, congé parental, prime ou dépense spéciale), qu'on va se faire rembourser 2000 euros, ou qu'on doit les payer sous 10 jours, c'est selon. C'est un peu comme le loto, sauf qu'il n'y a pas de billet à acheter. Et que les numéros ne sont pas sensés être choisis au hasard pour remplir la grille.

Les contributions directes se sont-elles senties délaissées ? Ont-elles voulu se faire pardonner le retard avec lequel elles nous ont répondu ? En tout cas, elles n'y sont pas allées de main morte : 6 enveloppes le même jour. Autant dire que quand on ouvre sa boîte à lettres ça fait bizarre. Style "toutes les relances que nous vous envoyons depuis 3 mois arrivent le même jour", comme les vraies lettres des amoureux qui se perdent dans les avions qui s'écrasent sur la cordillières des Andes pour n'arriver que 40 ans plus tard (quoi que passer par l'Amérique du Sud ne soit sans doute pas le trajet le plus direct pour aller de Hollerich à Bonnevoie).
Vérifications faites, 3 me sont adressées, et 3 à mon épouse. Des fois que, bien qu'imposés collectivement et habitant sous le même toit, on voudrait vérifier que l'époux de madame et la femme de monsieur sont bien imposés de la même façon. La première (façon de parler) enveloppe contient une feuille qui s'appelle "Détermination du taux d'impôt global" et explique ce qu'on doit payer. La seconde nous donne le "Bulletin de l'impôt sur le revenu", qui est la même chose, avec un rappel de ce qu'on a payé tous les mois. Et la troisième nous présente un "Décompte annuel", avec rigoureusement la même information présentée différemment. Toutes en deux langues, comme il se doit.

Voilà, si vous ne saviez pas à quoi servent vos impôts, ils servent à envoyer des courriers en sextuple exemplaire.