05 septembre 2006

Martelange

Essence, cigarettes et alcools forts, la divine trilogie des produits bons marchés au Grand Duché, approuvés par le protocole de Kyoto et les médecins de toute l'Europe. Le ridicule de ce dumping fiscal prend toute sa mesure à Martelange, charmante bourgade des Ardennes belges. Dans cette petite localité, c'est comme dans le "Grand Fossé" d'Astérix, voire comme dans le Berlin de la guerre froide, à ceci prêt que la séparation entre les deux côtés de la ville est matérialisée par la route nationale 4 (la fameuse "route de la frite") qui joue le rôle de frontière à plus d'un titre :

  • D'un côté, le Luxembourg, de l'autre côté la Belgique.
  • D'un côté, une bonne dizaine de stations services les unes derrière les autres. Il y a même 2 stations Total à moins de 200 mètres de distance. Bref, vous avez le choix, ce qui est d'autant plus inutile que le prix est unique et fixé par l'état. De l'autre côté, des maisons à flanc de colline, en plus ou moins bon état, avec vue imprenable sur les dites stations. Quand le brouillard n'est pas trop épais.
  • D'un côté la Stella Artois, de l'autre la Bofferding.
  • D'un côté les frites mayonnaise, de l'autre les Letzebuerger Grillwurscht.
  • D'un côté les paquets de Marlboro à 3,50 euros, de l'autre les mêmes à presque 5.
  • D'un côté le diesel à moins d'un euro le litre, de l'autre à 1,12 euros.
  • D'un côté des fans de Johnny Halliday, de l'autre des fans de Scorpions.
  • Entre les deux, des milliers de poids lourds, de frontaliers et de Néerlandais...
En vertu d'accords liés à l'union économique belgo-luxembourgeoise, le Luxembourg reverse d'ailleurs une partie du manque à gagner en terme de TVA (ou "accises") à son voisin. Les lois européennes sont claires, tant que les achats restent "pour la consommation personnelle" ils restent légaux, du coup la tolérance des douaniers est de 800 cigarettes et 10 litres d'alcool fort. Au-delà, il va être dur de soutenir que vous n'en faites pas le commerce. Avec près de 6 milliards de cigarettes vendues par an, il doit y avoir un bon nombre de petits poissons qui passent à travers les mailles du filet !

A ma connaissance, il n'y a pas d'équivalent de Martelange aussi flagrant du côté allemand ou français. Pourtant, la ville de Mondorf/Mondorff est également coupée par la frontière. Et les Français n'ont pas moins de raison que les Belges d'aller profiter des incohérences de l'Union Européenne puisque les prix des DVD vierges varient de 1 à 10 entre les deux pays (0,25 euros au Luxembourg contre 2,5 euros en France!) et que les cigarettes y sont encore plus chères qu'en Belgique.

Du coup, on peut doucement rigoler quand on voit des pubs anti-tabac au Luxembourg ou des campagnes gouvernementales pour la protection de l'environnement. Avec le nombre de gens qui font 150 kms rien que pour acheter des clopes pas chères et faire le plein de carburant, je n'ai pas trop envie d'apporter ma pierre à l'édifice en prenant mon vélo sous la pluie pour parcourir les 2 kms qui me séparent de mon lieu de travail.

2 commentaires:

Philippe de Hondschoote près de Dunkerque a dit…

Je me souviens de Martelange !

je vais souvent en Lorraine ou en Sarre et pour y aller en partant de Dunkerque, la route la plus pratique passe par la Belgique et le Luxembourg (les autoroutes belges et luxembourgeoises ne sont pas payantes). Et je passais plusieurs fois par an par cette route des frites, un "truc" qu'on connait bien quand on est frontalier, une route à cheval sur une frontière.
Il y a quelques années donc, quand l'autoroute ardennaise entre Namur et Arlon n'était pas complète, j'empruntais la Nationale 4 (celle du royaume de Belgique) et je passais forcèment par Martelange et déjà à l'époque les échopes vendant carburant, cigarette et alcool étaient légion. Il y avait un peu moins de pitoresque qu'aujourd'hui car avec l'autoroute actuelle le phénomène persiste et s'est même amplifié avec les stations service d'autoroute aux sorties ouest et sud du Luxembourg mais dans ce cas là, un seul patron en profite...

bien le bonjour de la côte d'opale
Philippe

lion a dit…

Bonsoir,
C'est vrai qu'il faut rire quand on voit le nombre d'actions faites pour l'environnement et les barils d'essences qui sont vendus. A mon avis, rien que la station esso des terres rouges à esch/alzette doit enregistrer les mêmes quantités que les stations de la ville de nice sur la même période.
Pourtant, le paradoxe n'est pas voulu de la part du luxembourg, mais plutot par ceux qui viennent chercher leur matière à polution aux frontières luxembourgeoises. Le comble: tous les jours on peut voir des véhicules des pompiers, gendarmerie et police de Audin/Villerupt qui viennent chercher, non seulement leur matière pour se propulser, mais aussi celle pour remplir leur casiers (alcool et tabac).
Si le luxembourg ne rempli pas les conditions du traité de kyoto, serait-ce de sa faute car l'essence y est pas assez chère, ou alors de la faute des pays voisins car l'essence y est trop chère ? Idem pour café clopes et alcool.
Cordialement