31 décembre 2006

Chocolats laids

Pour citer un blog très drôle, "la vie c'est comme une boîte de chocolats, ceux aux kirsch sont pas très bons". La seconde mi-temps de la finale "mon estomac contre le reste du monde" se pointe à l'horizon et entre les papillotes familiales, les truffes du boulot, les boîtes en tous genre offertes par les clients, les amis, la famille, les lointaines connaissances, même les CD qu'écoute ma femme et qui parlent de "femme chocolat", je me vois finalement investis d'une certaine légitimité pour attribuer le titre de pire boîte de chocolats des fêtes 2006.

C'est un honneur un peu similaire à l'attribution du navet de l'été, sauf qu'il y aura forcément moins de Frank Dubosc. En effet, alors que vous vous relevez soulagés du déballage des cadeaux de Noël où personne n'a eu la mauvaise idée de vous offrir des statuettes en porcelaine ou l'intégrale en CD de Pascal Obispo, il vous reste encore à affronter l'épreuve de la dégustation des chocolats, chez vous ou chez les autres, toute mention de régime n'étant pas recevable en cette période de l'année. Il serait pourtant tellement simple que tout le monde se contente d'offrir des Ferrero Rocher, mais non, les gens doivent se sentir honteux d'offrir quelque chose de bêtement bon et vont donc chercher d'improbables boîtes promettant l'extase gustative à force de liqueurs, de pâte d'amande, de poivre de Sechuan, de canelle, de thé rose ou autres fantaisies Marcolinesques. Devant tous ceux qui croient que le chocolat est une création et qu'il a besoin de leur génie du goût pour être magnifié je réponds qu'un peu de simplicité ne fait pas de mal et que le chocolat n'a pas besoin de tant de complications. Je suis un peu sévère avec Marcolini et les grands chocolatiers qui font parfois des essais mangeables. Mais quand le génie frappe les usines de la grande distribution, on bascule vite vers l'horreur absolue. C'est sans doute ce qui a dû se passer chez Vendôme, la marque de chocolats Auchan, qui, par ailleurs, sont excellents dans leur version simple (notamment le "noir noisettes entières" qui est encore meilleur que le Côte d'Or). Bref, Vendôme, donc, a lâché sa folie créatrice et a mis en vente des boîtes dont un exemplaire est par malheur arrivé jusque chez nous, par des chemins détournés, cela va sans dire.

beurk !

Avec "Recettes Desserts", la grande surface nous propose des chocolats au goût de Tarte Tatin, Tiramisu, Forêt Noire, Speculoos, Meringue et Tarte au Citron. On sent qu'on est passé à deux doigts du chocolat au "boeuf bourguignon" ou "flan aux poireaux". Evidemment, je doute fort que des pâtissiers aient confectionné de minuscules tartes au citron et des speculoos miniatures pour les recouvrir de chocolat. Je ne pense même pas qu'Auchan ait pris les invendus de son rayon pâtisserie pour les mixer et les mélanger à de la pâte de cacao. Non, les ingrédients nous rassurent sur le budget consacré par cette gentille personne pour nous souhaiter une sincère bonne année 2007 : graisses de palme et de karité (autorisées depuis peu dans le chocolat par la Commission européenne, encore elle), noyaux d'abricots amers (!?), fibres d'ananas (dans la tarte au citron ou dans la tarte tatin ?), malt d'orge et je passe sur les émulsifiants, les stabilisants, les épaississants, les acidifiants et, histoire de donner de belles teintes au tout, les colorants.

Ceci dit, c'est le geste qui compte. Alors, je m'excuse auprès de tous ceux qui ont acheté cette boîte pour l'offrir à quelqu'un et je leur souhaite, à eux encore plus qu'aux autres, une excellente année 2007, parfum santé, bonheur et bonne humeur.

29 décembre 2006

Skyline

J'ai enfin découvert comment faire des photos panoramiques avec mon appareil photo d'amateur. Sans se fatiguer, sans matériel supplémentaire, sans trop galérer sous photoshop. Je l'ai testé pour vous tout à l'heure sur le must de la photo de Luxembourg, la skyline de la capitale dans toute sa splendeur malgré une lumière hivernale un peu rasante. La prise de vue la moins originale du Grand Duché, avec un truc minable donc, pour embrasser l'entièreté du panorama : je règle la résolution au maximum puis je recadre tout bêtement sur la plus grande largeur. Voilà, c'est nul, je sais, mais je n'y avais pas pensé et je m'embêtais à prendre plusieurs photos les unes à côté des autres alors que maintenant c'est fait en 3 secondes.


Ca marche aussi avec les panoramas de Buenos Aires (même si cette fois la photo n'a pas été prise ce matin) :


Dingue, non ? Bon, je crois que je suis un peu fatigué, je vais me reposer pour le 31.

Petits Vieux du Grand Duché

Les petits vieux, au Luxembourg, on les installe encore dans des résidences, telles que celle-ci, la plus fameuse d'entre toutes, le nirvana du bingo, la mecque du thé Earl Grey, la Fondation Pescatore :

la Fondation Pescatore
Sa situation est idéale, à deux pas du centre ville, tout près des salons de thé (Namur, Oberweis) qui permettent au 3° âge d'entretenir dans un même élan leur diabète, leur cholestérol et leur goût pour les cancanneries.

Pourtant, la situation démographique est encore pire ici que dans le reste du bien nommé vieux continent et il y a fort à parier que, dans peu de temps, le modèle sera inversé et que ce sera les jeunes qu'on placera dans des maisons de pré-retraite pour qu'ils y travaillent, alors que les papys et les mamys occuperont une ville transformée pour eux. Les trottoirs seront équipés de tapis roulants, les routes aménagées pour les voiturettes, "Questions pour un Champion" durera 3 heures par jour et "Des Chiffres et des Lettres" toute l'après midi, les journaux proposeront 4 pages de Sudoku, et les seules voitures autorisées à l'heure de la sieste seront celles du Hëllef Doheem.

Selon les prévisions des spécialistes, peut-être un peu extrapolées ici, ceci devrait avoir lieu dans une trentaine d'années. Ce qui est parfait question timing pour que je puisse moi aussi faire partie de cette retraite de rêve (pour info, on a droit à sa part de pension luxembourgeoise au bout de 10 ans de cotisations, selon des calculs détaillés ici). Enfin, on n'en est pas encore tout à fait là... même si je commence à prendre goût à ma vie d'homme à la maison.

28 décembre 2006

Pains quotidiens

Vivant au Grand Duché, comme beaucoup d'étrangers, pour y gagner... mon pain, je ne peux que déplorer la rareté des boulangeries dans la capitale. La faible concentration des commerces de proximité nous oblige à aller dans des chaînes pour y manger notre pain industriel : Fischer, Bakstuff (boulangeries du Cactus), Auchan, Bakes ou Table du Pain. Ce qui n'exclut pas la qualité, soyons justes. En général les baguettes "tradi levain" sont plus qu'honnête, ce qui est assez normal vu leur prix.


Etant donnée la diversité culturelle du Luxembourg, il est possible de manger des pains de tous les pays : de la baguette franchouillarde à la ciabatta italienne, en passant par les pains allemands hyper denses avec plein de graines dedans ou les pains spéciaux avec du lin, des noix, des lardons, du sésame, des figues, des pavots, du millet, des olives, tout ce qui traînait dans la boulangerie à ce moment là. En bon partisan de l'intégration, on essaie également de se faire aux coutumes locales et d'acheter régulièrement des miches un peu plus typiques. Les pains ici sont en effet conformes au modèle nordique (oui, j'ai une vision assez sudiste du nord, tout ce qui est au-dessus de Paris c'est LE nord, et au delà de Bruxelles c'est le pôle). J'entends par là, des gros pains à couper en tranches, "en tartines" me reprendrait ma femme. En effet, malgré la croyance assez répandue qui voudrait que les Belges se nourrissent exclusivement de frites (et de waterzoï pour les flamands), je pense que nos voisins du plat pays consomment encore plus de TARTINES (avec de la soupe, du fromage, du filet américain, du jambon d'Ardennes, du beurre, du beurre et encore du beurre), qu'ils rangent dans des boîtes à tartines et dont ils font au moins un repas par jour. Les frites servant surtout à "manger chaud". Mais je m'éloigne de mon sujet, voici donc le top 5 des pains luxembourgeois :


Pain Luxembourgeois
A tout seigneur tout honneur, on commence par le grand classique, le pain de ménage. Le pain de ménage n'est pas fabriqué avec du liquide vaisselle, il ne sert pas non plus à laver les vitres. C'est un pain blanc, dont les tartines assez molles ressemblent un peu à une éponge, d'où peut-être son nom. On remarquera que, malgré les conseils pour investir en bourse, dans l'immobilier ou dans les matières premières comme le nickel ou l'or, rien ne vaut un placement dans le pain de ménage, dont le prix a connu une hausse régulière et stable depuis plus de 5 ans.


Ensuite, le Boerli, aussi appelé Dobbelgebäk selon les magasins, qui est un pain cuit deux fois. Assez semblable au précédent en un peu meilleur. Contrairement au pain de ménage, il n'est pas disponible en version "méga famille" de 1 kg, ce qui n'est pas vraiment un inconvénient quand on vit à deux.


Puis vient la catégorie des pains intartinables. S'il y a bien quelque chose d'insupportable, selon ma propre topologie des petites contrariétés du quotidien, c'est de tomber sur une tranche où une énorme bulle a creusé un trou dans la moitié de la surface réservée normalement à la mie. Le Steinuewen vous réserve de telles surprises à chaque fois. Les spécialistes parlent d'un "alvéolage irrégulier", moi j'appelle cela du vol.


A l'opposé se trouve le "pain platine", qui présente l'avantage de comporter très peu de trous, mais l'inconvénient d'être immangeable ou presque. Autant prendre du pain de mie, comme quand on est étudiant et qu'on a la flemme d'aller à la boulangerie tous les jours.


Enfin, le pain gris ou plutôt les pains gris tant l'étendue de cette famille n'a d'égal que le barbarisme des noms qui leur ont été attribués : Baurebrout, Dinkelbrout, Roggenschrot, Weizenmisch, Roggenmisch, Röggli, Kraftkorn, à consommer avec du Judd Mat Gaerdebounen, de la charcuterie ou de la cancoillote. Mais un peu rude pour les tartines de confiture.

27 décembre 2006

L'hiver hier

Ceci est une photo prise hier dans le petit village où j'ai passé les fêtes de Noël, et dont la décoration était très réussie, malgé la minceur du budget municipal comparé à celui de Luxembourg-ville, par exemple :



Le plus dur avec les congés c'est de se rendre compte qu'on est seulement le lendemain de la veille alors qu'on a l'impression de déjà vivre dans la grisaille grand-ducale depuis des semaines. Même le froid et le brouillard semblent donner de plus belles choses quand on est en vacances. Ceci dit, je râle, mais je suis encore en congés. Je teste ma capacité à vivre comme un homme au foyer. Course au Cactus, démarches administratives, linge et cuisine. Avec le système du congé parental hyper avantageux, il vaut mieux anticiper et tester si je supporte bien cette vie, avant de me lancer dans de grandes entreprises de mélange de mes chromosomes avec ceux de ma douce.


Ceci dit, je ne suis pas certain que trier mes photos prises sous le beau givre de Haute-Loire et bloguer pendant une heure rentraient dans la liste des tâches prioritaires pour cette première journée à la maison. Allez, je retourne à mon boeuf bourguignon.

Les Roues de la Fortune

Jantes alu sur une Porsche

S'il y a bien une chose dont je ne soupçonnais pas l'existence avant d'arriver au Luxembourg, c'est l'importance fondamentale du diamètre et de la constitution des roues d'une voiture. "Jante Alu" ça ne voulait rien dire pour moi. Alors prêter une attention quelconque au fait qu'une voiture ait des jantes de 14 pouces, 15, 16, 17, 18 ou même 19 pouces, cela ne m'avait éfleuré. Je croyais que toutes les voitures avaient des enjoliveurs, certains peut-être plus réussis que d'autre mais, franchement, je m'en tamponnais le coquillard avec une patte de homard velu. Hé bien figurez-vous que non seulement cela a de l'importance, mais que, en plus, cela coûte une fortune. Enfin, j'imagine que beaucoup de lecteurs vivent au Grand Duché et ont eux aussi une bonne connaissance de la question.
Avec les jantes alu, on est complètement dans la troisème catégorie des objets qui se vendent, selon Caius Saugrenus, à savoir "ce qui rend jaloux les voisins". Comme le menhir dans Obélix et Compagnie, en effet, la jante de 19 pouce est rigoureusement inutile. Mais l'alliage à base d'aluminium permet de réaliser des formes assez évidées, plus ou moins agressives et, surtout, fait monter le prix de vos 4 roues jusque celui d'un ordinateur. Sans compter le prix des pneus qui atteint également des proportions exhorbitantes, malgré l'économie substantielle de caoutchouc réalisée par les fabricants de pneumatiques sur les modèles "tailles basses" (oui comme les jeans, sauf que c'est pas un string qu'on aperçoit mais des étriers de freins). En plus de vous endetter sur trois générations, l'acquisition de roues d'un diamètre démesuré vous permettra également d'augmenter légèrement votre consommation de carburant (en alourdissant votre voiture) et de perdre en confort (en diminuant l'épaisseur du pneu).
Par contre, niveau look et statut social, rien de tel, en notant toutefois que l'effet produit par vos jantes 19 pouces ne sera pas le même sur une 306 violette avec un autocollant "No Fear" garée sur le parking du Décathlon à Linking que sur une Maserati Quattroporte en stationnement devant l'Hôtel Le Royal.

22 décembre 2006

Peu Sages Piétons


Dans le pays d'où je viens, les règles pour traverser la route sont simples : tu à le droit de traverser à partir du moment où tu ne risques pas ta vie. Cela inclut le fait de traverser en diagonale, traverser quand le petit bonhomme est rouge, ne pas traverser quand le petit bonhomme est vert si une voiture arrive vite, traverser entièrement en dehors de tout passage piéton, traverser en courant, en engueulant les chauffeurs, en slalomant entre des voitures prises dans un embouteillage. C'est un sport qui demande quelques années d'apprentissage mais dont les règles ont le mérite de la clarté, à défaut d'être justes sur un plan moral ou éthique : étant donné le rapport de forces entre automobile et piéton, c'est au piéton de faire attention à sa peau.
Dans le pays où je vis maintenant, les gens sont respectueux. Au début, naïvement, on se dit que c'est génial. Effectivement, dès que vous vous engagez sur un passage piéton, tous les véhicules freinent pour vous laisser passer. Personne n'ose traverser quand le petit bonhomme est rouge, et encore moins s'il n'y a pas de passage marqué au sol. A l'usage, on constate néanmoins quelques effets pervers de ce système :
  • Pour que la règle "je suis au volant donc je vais freiner" marche, encore faut-il que le conducteur ait le temps de voir le piéton, appuyer sur sa pédale de frein et immobiliser sa voiture. Tout cela n'est pas possible si le piéton court, est en rollers ou en vélo, se jette d'un coup sur la chaussée sans montrer auparavant son intention de traverser ou, pire de tous mes cauchemars, descend d'un bus arrêté et passe DEVANT le bus. Les autobus de la ville de Luxembourg étant malheureusement assez opaques, il est impossible de voir quiconque à travers. Tous les ans il y a des morts et des blessés à cause de cela. Pitié, même si vous êtes dans votre droit, avant de traverser, REGARDEZ ! (ne serait-ce que pour vérifier que le véhicule qui arrive a bien une plaque luxembourgeoise et n'est pas un parisien qui ne connaît pas forcément cette règle, ou bien pour être sûr qu'il n'y a pas un autre bus qui arrive à 60 km/h et qui, lui, ne freinera pas...)
  • Pour que la règle "je ne traverse pas en dehors d'un passage" puisse être appliquée sans aboutir à des situations kafkaïennes, le réseau des patés de maison devrait être "fortement connexe par les passages piétons" (je ressors mes vieux souvenirs de maths un peu déformés pour les besoins de la démonstration). Or, vous pouvez aller voir de ma part, il existe au moins une rue (rue Albert Premier dans le quartier de Bel Air) qui ne comporte AUCUN passage piéton. Cela signifie qu'il est théoriquement impossible de passer d'un trottoir à l'autre, sauf à faire un détour de quelques centaines de mètres.
  • La règle "je traverse quand le bonhomme est rouge" soufre de moins d'exception, heureusement. Par contre, il y a certains feux où il ne faut pas oublier d'appuyer sur le petit bouton, même pour "ceux qui n'y croient pas" (honte à eux comme aux mécréants qui remettent en doute l'existence du Père Noël que j'attends de pied ferme). Par exemple, les rétifs au bouton poussoir qui veulent aller manger d'excellentes pizzas à la Villa d'Este et se seront garés du côté du Pulvermühl risquent fort d'attendre jusqu'à la fin du service s'ils ne font pas un petit effort.

Il paraît même que la police grand ducale peut verbaliser les piétons qui oseraient traverser hors des principes établis par le code de la route. Cela ne m'est jamais arrivé, mais je tremble qu'il ne me retire mon permis de marcher et que je sois obligé de me déplacer exclusivement en voiture...

Mise à Sac

En arrivant chez mes parents pour les vacances de Noël, j'ai trouvé un objet à la pointe de la technologie, l'objet type qui se retrouve sur BoingBoing (s'il était en forme de "Hello Kitty" il y serait déjà). Il a été préparé par une amie de ma mère, qui a plutôt dû trouver le plan dans un "Modes et Travaux" que sur ce site. Je la soupçonne en effet de ne pas être très "geek" et de trouver ses recettes de gâteaux dans le Ginette Mathiot plutôt que sur Google.


Apparemment, la technique est simple (enfin, si on sait manier les aiguilles à tricoter avec dextérité, ce qui n'a forcément le cas de tous les lecteurs de ce blog) : on découpe en spirale de longues bandes de polyéthylène dans le sac, on les attache entre elles, on prend ses aiguilles ou son crochet, et hop, voilà comment on fait un sac en sacs :


sac en sacs
A gauche, l'objet originel, source d'opprobre et de vindicte du 3° millénaire. La cible de toutes les haines, bannie depuis septembre du plus grand des grands magasins du Grand Duché (soit disant pour des motivations écologiques et puis aussi parce que mine de rien ça devait représenter un certain coût). A droite, la merveille de recyclage, fruit non pas de réactions chimiques compliquées mais de quelques heures de patience, quelques milliers de coups de crochet et quelques dizaines de sacs plastiques plus tard, un sac solide, avec un petit motif vert serpentant le long des noeuds bien serrés, et rappelant les inscriptions du pochon initial.


Pour revenir sur l'interdiction des sacs plastiques, je dois dire que le plus dur est la première semaine, lorsque, forcément, on oublie systématiquement d'apporter son propre sac et qu'on repose tout en vrac dans le caddie parce qu'ils sont restés dans le coffre de la voiture. Après, on s'y fait et c'est bien plus classe de faire ses courses avec des paniers en osier, et puis ça va plus vite pour décharger. Je m'étonne simplement que Louis Vuitton et Hermès n'aient pas encore lancé des sacs de courses pour mémés luxembourgeoises, il y a un marché !

Personnellement, je dois avouer que je ne suis pas un grand adepte du tricot (nul n'est parfait) et que je recyclais plutôt les sacs de caisse en sacs poubelle. Maintenant j'achète des sacs poubelles, et je ne sais pas si ça pollue beaucoup moins mais en tout cas je descends 3 fois moins souvent au local des ordures, ce qui consomme moins d'électricité. On va dire que c'est un progrès.

20 décembre 2006

Sévice Public

Les formalités électroniques sont toujours une source de découvertes incroyables. Avec Internet, l'imagination de l'administration peut enfin trouver un terreau à sa juste mesure, un lieu fertile pour développer les contraintes les plus tordues. J'attends avec impatience le jour où un site me proposera de prendre un ticket électronique pour attendre 10 minutes devant mon ordinateur, comme dans la vraie vie. Ou le site qui ne fonctionnera que les jours ouvrés de 10h du matin à midi et de 14h à 17h. Sans parler du site qui se mettra en grève. Un peu de complexité, dans un monde trop simple.

Là, la fin d'année approchant, et ayant reçu un courrier du consulat m'invitant à vérifier que je suis bien inscrit sur les listes électorale, je me suis connecté au site dédié aux "Français établis hors de France", le PASTEL (Portail d'Accès Sécurisé aux TELéservices, ils sont très forts pour trouver des beaux noms). Le courrier précisait, optimiste, que mon numéro NUMIC indiqué en haut de la feuille allait désormais faciliter mes relations avec le consulat. Il me "suffit" (selon la terminologie en vigueur) de m'identifier grâce à mon NUMIC puis de créer un mot de passe et, ô miracle des nouvelles technologies, un monde nouveau allait s'ouvrir sous mes yeux ébahis. Il ne me resterait plus qu'à choisir entre Sarkolène et Ségozy.

Ce matin, premier jour de congé, je me connecte. Je rentre mon NUMIC. Message d'erreur. Le NUMIC doit comporter 8 chiffres. Tiens, c'est bizarre, parce que j'ai bien l'impression de n'en avoir que 6 sur le papier que j'ai sous les yeux. Encore plus sadique que les cartes web banking avec 16 chiffres à gratter + mot de passe + identifiant top secret, le ministère des affaires étrangères venait d'inventer le code secret où il faut deviner les 2 derniers chiffres. Tu m'étonnes que c'est Sécurisé. Je relis ma lettre du consulat, on m'y apprend qu'en cas de problème je peux consulter le site du consulat (allez y faire un tour, rien que pour le graphisme, on se dit que l'ambassadeur a dû préférer consacrer son budget communication à acheter plus de boîtes de Ferrero Rocher). J'y apprends qu'un problème de fusion (?) a causé la disparition malencontreuse de 0 et comment je peux retrouver mon vrai NUMIC. Super.

De retour sur PASTEL, je rentre mon NUMIC corrigé. Impec. Mon nom, là c'est facile. Perdu, il faut des majuscules. Bon, la date de naissance, aïe, pas le bon format, facile quand même. Puis je dois choisir un mot de passe. Je prends mon mot de passe classique, le même que celui que j'utilise partout, je ne suis pas Rain Man et j'ai déjà du mal à retenir mon n° de GSM, mon n° de carte bleue et 2 ou 3 autres combinaisons de chiffres (dont, honte à moi, la date de naissance de ma femme, mais non, c'est pour rire). Perdu, ça rentre pas, je n'ai droit qu'à 5 caractères. Je rentre que le début. Perdu, il faut 1 lettre et 4 chiffres. Bon, j'essaie la première lettre de mon mot de passe universel et les chiffres qui sont dedans. Perdu, la lettre doit être A, E ou C. Là, ça commence à sentir la blague. Pourquoi pas Z, M ou H ? OK, mon prénom commence par C, je devrais me souvenir de C0000. Perdu, "erreur FCT44" pour être précis, on n'a pas droit à plus de 2 chiffres identiques. Allez, soyons fou, C1234. Erreur FCT45 : interdit d'utiliser plus de 3 chiffres formant une suite ! C'est un sketch. Finalement, ma date de naissance a marché. C'est un complot.

Le mieux, c'est une fois que j'ai réussi à créer ce précieux sésame, je reçois un message m'invitant à en changer régulièrement (au moins une fois par an) !! Ca va pas être évident. Mais une fois connecté, je constate avec plaisir que les informations présentées sont effectivement correctes. Je note aussi, avec étonnement, que "En 2007, aura lieu l'élection du Président de la République (les dates ne sont pas encore connues)" ce qui me semble un peu étrange, j'avais retenu le 22 avril et le 6 mai, mais peut-être que la personne en charge de la mise à jour du site a perdu son NUMIC, son PASTEL ou son mot de passe...

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents mosellans...

Je crois ne vous avoir jamais raconté comment j’ai atterri au Luxembourg, alors que rien ne m'y prédisposait particulièrement. Je n'ai jamais réussi un concours d'entrée à la fonction publique européenne. Je ne suis malheureusement pas soumis à l’impôt sur la fortune. Je ne suis pas originaire de Moselle, ni de Meurthe et Moselle, et même pas de Lorraine, alors c’est dire. Je ne fume pas. Je ne travaille pas dans la finance. Je n’étais pas recherché par la justice dans mon pays. Je ne suis pas de la famille de Stéphane Bern. A priori, les probabilités que je m’installe ici étaient donc les mêmes que pour le commun des mortels, à savoir moins de 1 / 50 000, calcul basé sur la division de la superficie du « Grand » Duché (2586 km²) par la surface totale des terres émergées (133620000 km²). Et, pourtant, me voici, comme je vous parle, en train de m’apprêter à terminer encore une année de plus (la 6°) comme je l’ai commencée : au Luxembourg.

Je suis arrivé ici par l’intermédiaire d’une excentricité française qui a disparue depuis, le Service National. J’ai bien dit, national et pas militaire, faut pas pousser : j’ai déjà l’air ridicule en survêtement, alors en treillis, c’est carrément contre ma religion. Après mes études, donc, j’ai eu le choix entre me faire passer pour un débile profond avec un petit séjour dans un hôpital psychiatrique dans une banlieue de Valenciennes, passer 10 mois à compter les poils de mon bras droit dans une caserne de la banlieue de Chaumont, travailler dans l’entreprise où j’étais en stage dans la banlieue Parisienne en demandant des reports successifs jusqu’à ce que le service soit aboli ou, finalement, postuler dans la coopération. C’est cette dernière option que j’ai choisie, mes aspirations de jeune ingénieur humaniste et pluridisciplinaire à vocation internationale me poussant vers l’exotisme, l’aide aux pays en voie de développement, la découverte de nouvelles cultures. Et, surtout, loin de toute banlieue (je n’ai rien contre, mais quand on peut éviter, pourquoi se priver).


Le mécanisme est assez simple (d’ailleurs il existe encore sur base de volontariat) : vous trouvez une entreprise qui veut bien de vous, vous négociez avec elle ce que vous aurez à côté de votre solde (genre des gardes du corps, des aller-retours en avion pour les fêtes de fin d’année, l’hébergement avec la clim dans la brousse, le remboursement des traitements anti-paludéens) et vous signez en bas à droite. C’était l’époque de « la bulle 1.0 » et il n’était pas trop dur pour un informaticien de trouver des entreprises françaises souhaitant développer leurs filiales à l’étranger. Car c'est bien de cela qu'il s'agit quand on parle de "coopération" : gonfler le commerce extérieur français en procurant gratuitement aux filiales étrangères d'entreprises hexagonales des jeunes diplômés. On est loin de l'humanitaire et de l'aide aux pays en voie de développement. Et, entre nous, si ma mission avait consister à distribuer des vêtements aux nécessiteux, je serais plutôt en train de tenir des "chroniques du Sri Lanka" ou les "chroniques de Sierra Léone".

Donc, j’ai finalement opté pour un « projet d’entreprise » dans l’esprit start-up, bien qu’issue d’un grand groupe, une entreprise de consulting, qui me paierait un loyer et des tickets restos, et me revendrait à 500 euros la journée à ses clients locaux. On calcule assez rapidement la rentabilité exceptionnelle que mon futur manager pouvait trouver à ce genre de pratique : les 2 premiers jours facturés remboursaient ses dépenses toutes charges comprises, et il lui en restait donc 18 par mois pour faire de la marge brute. On en déduit la motivation et l’empressement qu’il mit à me faire signer rapidement au Hard-Rock café des Champs Elysées où il m’avait donné rendez-vous (je répète : c’était l’an 2000, il aurait semblé ahurissant de se rencontrer dans un bureau). Comme mes autres propositions étaient très axées « banque » et que le courant était moins bien passé (tu m’étonnes) j’ai accepté de devenir « consultant » et d’entrer dans cette petite structure au Luxembourg pour 16 mois. Adieu l’exotisme, les plages de sable blond et les vahinées mais j’échappais également aux moustiques de 200 grammes et aux rapatriements sanitaires, et puis une première expérience au cœur de l’Europe, dans un pays où je pourrais perfectionner mon Allemand et mon Anglais était finalement assez tentante.

Et voilà comment je suis arrivé ici. Les 16 premiers mois contractuels ont suffi pour m'accrocher, je suis tombé amoureux des gromperekichelcher, des mettwurscht, de l’ordre et de la propreté germanique, des jantes 19 pouces et, surtout, de ma femme. Et je suis resté.

18 décembre 2006

Des grands, des petits, des gros des gras

Tous les jours, au moins une personne arrive sur ce site par l'entremise d'une recherche Google sur les termes « photo du grand duc ». Or, à ce jour, il n’y avait pas de photo de grand duc, malgré le titre trompeur d'une des chroniques, si ce n’est un petit morceau dans le test comparatif de Henri de Nassau avec Harvey Keitel. A l’avenir, cette chronique-ci devrait satisfaire ces visiteurs. Voici donc la photo officielle du grand duc Henri, disponible sur le site du gouvernement :


Tant qu’on y est, pour les vrais égarés de l'internet, une photo d’un grand duc :

Et puis d'un moyen duc, parce qu’on ne sait jamais :


Soyons fou, je vous ai également trouvé un dessin d'un petit duc, pour les obsédés de la chose :


On complète notre collection avec LE « duke » :


J'ai failli oublier Duke Ellington :

Comique de répétition : couverture d'un album du Grand Duduche :


Et, enfin, un peu moins tiré par les cheveux, l’affiche du films Les Grands Ducs (loin d'être le meilleur Patrice Leconte, mais enfin) :


Ca ira comme ça ? Pour les photos de trouducs, vous vous êtes définitivement trompé de crémerie.

17 décembre 2006

Marché de Noël

A Luxembourg, on s'attend à trouver un marché de Noël monumental. Un peu comme celui de Strasbourg, de Metz ou de Trier. On imagine des centaines de chalets, des milliers de boules de neiges couvertes de paillettes, des montagnes de coeurs en pain d'épices arborant des messages d'amour en Allemand écrits en sucre blanc ou rose ("ich liebe dich" ou "du bist so süss"), des tombereaux d'artisanat de mauvais goût, des concours de "jingle bells" et "douce nuit" diffusés à tue-tête par des petites sonos portables, des kilomètres de guirlandes lumineuses...

Pour confirmer, je me suis dit que j'irais bien prendre un petit bain de foule place d'armes vendredi soir. J'étais prêt à faire la queue un quart d'heure dans le FROID pour une petite tasse de vin CHAUD, des marrons CHAUDS ou des saucisses bien CHAUDES, surtout en arrivant à 20h un soir de week-end, ce qui, dans mon esprit de novice, devait constituer une sorte d'heure de pointe de ce genre de manifestation.

Voyons les choses sous leur côté positif, on peut dire que nous n'avons pas eu à faire la queue. En réalité, on a trouvé une vingtaine de chalets sur la place d'armes, dont la moitié était fermée à partir de 19h30. Le marché de Noël, c'est en fait une Schuberfouer en modèle hyper-réduit, sans manège, sans animation, où il ferait 15° de moins, où les saucisses se figeraient plus vite dans leur graisse, qui ferme ses portes à 20h et où on a juste mis un bonnet rouge aux marchands de bami-noodles et, quand même, où on a invité trois marchands de Glühwein, dont un a été assez généreux pour laisser son enseigne lumineuse allumée jusqu'à 20h05 ce qui m'a permis de prendre une photo pas trop déprimante de l'endroit.


J'ai demandé au vendeur de vin chaud s'il était normal que tout soit déjà fermé. Il m'a confirmé que la seule "nocturne" avait été samedi dernier pour le lancement de l'année culturelle. Ceci dit, il paraît que c'est à midi que l'ambiance bat son plein, quand tous les banquiers viennent manger ici. Ce qui expliquerait pourquoi, à côté de mon boulot, dans une zone de bureaux, un grand cabinet d'audit a installé son PROPRE marché de Noël, aussi grand que le modèle municipal, avec illuminations et tout le tralala. C'est parce que Noël ici ce n'est pas vraiment pour les enfants, c'est pour les hommes en costard et les femmes en tailleur.

PS qui n'a pas grand chose à voir : pour les non-germanophones, les affiches qui ont fleuri cette semaine en ville et font la promotion d'une "Erotik Messe" à Trier ne sont pas un signe de la modernisation de l'Eglise catholique romaine depuis qu'elle est dirigée par un pape allemand. Les enfants de coeur ne servent pas encore la messe en string et topless. Il y a peu de chances pour que, cette année encore, vous ayez une érection durant la messe de minuit, même à Trier. "Messe", en allemand, ça veut dire "foire".

14 décembre 2006

Sécession à la Belge

Hier soir, s’est produit un événement (en Belgique, relativisons) qui tendrait à prouver, une fois de plus, la grande qualité de l’audiovisuel public du plat pays. Depuis que je suis ici, j’apprécie les films passés en VO sur la RTBF2, les retransmissions de concerts en direct, les émissions de musique de Pure FM à la radio, et évidemment Strip Tease, qui occupe une place de choix au panthéon de la télévision européenne.
Hier soir, donc, aux heures de grande écoute, la RTBF a monté un canular énorme, d’autant plus appréciable qu’il porte sur un sujet qui est toujours un peu tendu chez les Belges :
"Ils ont annoncé que Johnny Halliday allait finalement préférer devenir suisse que belge ? "
Oui, mais ça ce n’est pas un canular, même si c’est passablement risible. Non, ils ont interrompu leurs programmes pour une édition spéciale du journal qui annonçait que, ça y est, la Flandre avait fait sécession du royaume de Belgique, que les trains étaient bloqués à la frontière entre les deux pays, que la princesse Mathilde allait être décapitée, bref, que la guerre allait bientôt être déclarée entre les mangeurs de cloquettes de clevettes et les mangeurs de frites. Tout ça avec intervention des journalistes de la chaîne, réactions en direct et tout le tralala.
L’émission était vraiment faite pour que tout le monde (enfin, toute la Wallonie) y croie, et comme le 13 décembre n’est pas spécialement une date où on fait des blagues en Belgique, les téléspectateurs avaient toutes les raisons de penser que ce n’était pas des bobards. D’ailleurs il paraît que le standard a explosé, et leur site était toujours down ce matin :

Certes, c’est très belgo-belge comme sujet, mais je trouve que ça vaut bien le canular du 21 avril 2002 où la télé française a fait croire que Le Pen avait eu plus de voix que Jospin, ou celui du 11 septembre 2001 où CNN a diffusé de fausses images d’avion s’écrasant sur le pentagone et le world trade center. Il ne manquerait plus que RTL annonce que le Luxembourg déclare une guerre atomique à l’Allemagne en représailles contre l'interdiction d'appeler ses saucisses des Thüringer.

Ce qui est marrant, ce sont les réactions des médias des autres pays, car il est évident qu’en faisant cela, la RTBF, loin de contredire sa charte de bonne conduite ("une déontologie stricte quant aux informations diffusées sur antenne et une exigence d’émissions de qualité tant au niveau du fond - exactitude des contenus, usage correct de la langue française,… - que de la forme"), la renforce encore en éduquant le téléspectateur, dans une leçon à donner un coup de vieux au pourtant excellent «Arrêt sur Images ». Pour les réactions, les commentaires et les avis sur la question, vous pouvez aller voir l’article de Libé ou du Monde.

Messieurs les Ambassadeurs

Encore une fois, en ce moment, on n'entend guère parler de Luxembourg dans les médias étrangers qu'à propos des ultimes soubresauts de l'affaire Clearstream, de sombres histoires de secret bancaire ou des réunions d'euro-technocrates qui, avouons-le, ne font guère rêver à la veille de Noël. Pourtant, le Grand Duché n'est pas que le pays de la fraude fiscale, de l'essence moins chère, de l'acier inoxydable, du tabac détaxé et du record d'émission de CO² par habitant. Non, Luxembourg peut également s'enorgueillir d'abriter le siège social mondial de...

Ferrero !

Oui, le géant de la confiserie né en Italie, ce bienfaiteur de l'humanité, le génial inventeur du Nutella (en 1965), du Kinder surprise (en 1975), et du Ferrero Rocher (en 1982) est luxembourgeois. Par naturalisation, certes, mais quand même, on parle de l'inventeur du meilleur des anti-dépresseurs, avec posologie adaptée à tous les profils de consommateurs (enfants, femmes et ambassadeurs). Les mauvaises langues vont prétendre que cette société d'origine italienne n'a quitté son Piémont natal que pour des raisons fiscales. Je réfute et, pour preuve, je vous livre une capture d'écran de leur site officiel, où on apprend qu'un centre de recherche est bel et bien situé au Grand Duché :


J'aurais pu mettre une photo d'une boîte de Ferrero Rocher ou d'un pot de Nutella, voire d'un pot de Nutella de 4 kg puisque la saison a repris, mais je trouvais cela un peu trop cruel.

Je ne suis jamais entré dans leurs bureaux, situés à côté de l'aéroport et qui, de l'extérieur en tout cas, ont l'air assez sinistres. Je crains d'être un peu déçu par ce mystérieux "centre de recherche" qui ne doit pas ressembler tant que ça à l'usine de Willy Wonka. Mais, qui sait, peut-être que dans un coin, des ingénieurs réflechissent aux nouveaux montages en plastique coloré qui succéderont à la navette spatiale bleue de 1998, au renard rouge qui bouge la tête en poussant une poule dans une brouette, ou au homard dans son hélicoptère...

13 décembre 2006

De Shenzhen à Schengen

La campagne luxembourgeoise est un peu à l’image de ce dessous de verre Bofferding :

  • Toujours verte, grâce à l’arrosage régulier venu du ciel.
  • Parcourue de petites rivières qui serpentent autour des collines ardennaises.
  • A peu près déserte si ce n’est quelques villages, dans lesquels on ne trouve en général que quelques maisons blanches aux toits d’ardoise, une ou deux fermes, une église au clocher pointu, un troquet et, surprenant exotisme au cœur de l’Europe, un RESTAURANT CHINOIS.
Pour preuve que je n’ai pas rêvé ces innombrables restos chinois, même si on ne les voit pas sur le sous-bock Bofferding, je donnerai juste une petite liste de villages qui comptent au moins un établissement venu du pays du matin calme : Reisdorf (930 habitants), Rumelange (3 pour 4300 habitants), Oberkorn, Redange sur Attert (2300 habitants), Platen (500 habitants), Drauffelt (moins de 700 habitants), Lintgen (2400 habitants), Aspelt (970 habitants), Olingen (380 habitants), Hagen (950 habitants), Schieren (1500 habitants), Sohieren, Wincrange (3600 habitants), Itzig (1800 habitants), Grosbous (816 habitants), Septfontaines (740 habitants), Moutfort (1150 habitants), Feulen (1545 habitants), Moestroff (400 habitants), Lorentzweiler (2 pour 3112 habitants)... Il y en a même un pour les 350 habitants de Schengen, un si petit village qu'on a dû rassembler les chefs d'états sur un bateau pour leur faire signer les accords du même nom.

On en compte plus de 100 (!) dans le pays, dont je vous passe les enseignes, d'ailleurs sponsorisées par la même marque de bière : « Palais d’été », « Perle fine » « Shen zen », « Lin shung », « Grande Muraille », « lychees asiatiques », « Wu xia », « Yon Hong », « Zhong Nan Hai », « Yun Liu », « Villa de Jade », « Shun Feng », « Jian Chiang », « Bonzai », « Cai Smen », « Fu Kann », « Fu Lu Shou », « Fu Hua », « Ji Fa », « Jiang Nan », « Jin Lig », « Jing Do » qui se traduisent de toute façon par « Le Chinois du village ».

Passée la surprise de cette découverte, on se demande ce qui peut bien être la source d’une telle concentration. Est-ce que les Luxembourgeois sont à ce point amateurs de canard à la pékinoise ? Le libéralisme rayonnant du Grand Duché attire-t-il les peuples lassés de l’idéologie communiste jusqu’à des milliers de kilomètres à la ronde ? Des opérations pas très nettes nécessiteraient-elles la présence de multiples petits commerces où payer en liquide n’est pas suspect ? Le fameux ministère des classes moyennes encouragerait-il l’implantation de restaurants bons marchés pour faire baisser les chiffres de l’inflation ? Le fait d'encourager financièrement les naissances au lieu d'obliger les familles à n'avoir qu'un seul enfant joue-t-il aussi en faveur du pays ? L’énigme reste entière.

En tout cas, je reconnais qu’on y mange en général assez bien pour pas trop cher, et qu’on est servis par du personnel très souriant, ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres cantines du pays. Et, qui sait, peut-être existe-t-il également une centaine de restaurants luxembourgeois en Chine, qui servent du Judd mat Gaardebounen et des Gromperekichelcher à manger avec des baguettes (toute proportion gardée il en faudrait d'ailleurs plutôt une centaine de milliers) ?

12 décembre 2006

Chronique moyenne

Un bon moyen de savoir si un pays est riche, c’est de regarder s’il existe un intermédiaire entre les pauvres et les riches. La société a besoin d'un ciment, qui mange à sa faim mais pas du caviar, ceux que l’on appelle « classe moyenne », des gens comme vous et moi (enfin, comme vous je ne sais pas, mais comme moi en tout cas) : Assez riches pour consommer mais assez pauvres pour avoir besoin de souscrire des crédits. Assez riches pour pouvoir partir en vacances mais pas assez pour ne plus travailler. Assez intelligents pour ne pas lancer une révolution mais assez crédules pour croire ce que dit la télévision.

A Luxembourg, non seulement il y a un bon gros ventre mou constitué par une immense classe moyenne, mais il y a même un ministère qui lui est dédié. C’est dire si le pays le plus riche du monde n’a pas usurpé sa première place au classement du PIB par habitant.

Le rôle du Ministère des Classes Moyennes pourrait être de s’assurer que les gagnants du Loto ne sont pas déjà trop riches, de vérifier que les chaînes de télévision n’arrêtent pas la diffusion des séries américaines avant le dernier épisode, de se mettre d’accord avec les instances charcutières du pays pour rebaptiser les Thüringer en Lëtzebuerger Grillwurscht, de contrôler que tout le monde a assez dormi la nuit dernière, a assez mangé à midi, se sent en assez bonne santé, fait un peu de sport, bref est assez content.


la moyenne

Températures et Précipitations MOYENNES au Luxembourg

Mais en fait, non, je me suis renseigné, les attributions du ministre des classes moyennes (M. Fernand Boden, un homme d’âge moyen, né à Echternach, localité de taille moyenne, père de 2 enfants, comme la moyenne des couples du pays) sont surtout les questions relatives aux PME et aux commerçant, ainsi que les domaines du tourisme et du logement.

Il n’empêche, j’espère bien que ce ministère gardera encore longtemps un nom aussi évocateur.

11 décembre 2006

Radio Luxembourg

radio (photo Fodt)

Lorsque j'étais petit, l'une des premières fois où j'ai entendu le mot "Luxembourg", c'était pour désigner une mystérieuse voix sur laquelle on pouvait se brancher. En effet, ma grand-mère n'écoutait pas "la radio", elle écoutait "Luxembourg" (et aussi "Europe numéro 1" selon les saisons et les heures de la journée). Aujourd'hui, RTL existe toujours au Grand Duché, mais l'histoire de la station montre bien que c'est une radio plus française que luxembourgeoise, ses fondateurs ayant installé le siège ici pour des raisons administratives. Pendant un certain temps, ils avaient d'ailleurs leurs studios dans la villa Louvigny, une des grandes maisons qui se trouve dans le parc autour du centre. Au delà de la radio de Philippe Bouvard, RTL est surtout devenu un groupe de médias européen, qui diffuse plein de programmes de télé et de radio en France, en Belgique, en Allemagne et, quand même, au Luxembourg (notamment le splendide "de Journal" qui propose en deuxième partie de soirée un JT sur deux canaux sonores Français et Luxembourgeois, avec la particularité de choisir toujours un doublage féminin quand c'est un homme qui parle, et vice-versa).

Sinon, le paysage radiophonique luxembourgeois est découpé, si j'en crois mon autoradio, comme suit :
  • RTL Radio Lëtzebuerg : que je n'écoute jamais, car vraiment très luxembourgeoise ;
  • 100,7 radio culturelle : que je n'écoute jamais, car vraiment très culturelle ;
  • Latina : que je n'écoute jamais, car vraiment très latine (portugaise je crois) ;
  • DNR et Waky : que je n'écoute jamais car du niveau des stations de la bande FM française (c'est-à-dire quand même pas assez culturelle) ;
  • Eldoradio : que j'écoute assez souvent parce que la musique y est variée, évite les insupportables Français (Balavoine, Goldman, Pagny, Obispo...) et que les publicités et les courtes interventions des animateurs en Luxembourgeois me permettent de faiblement progresser dans ma compréhension de la langue locale (par exemple je peux vous dire très exactement où se trouvent les deux Baby Center du pays...) ;
  • ARA City Radio : que j'aime bien le matin pour aller au travail, parce que l'animateur anglais, Simon 'the funky gibbon', a l'air sympa et a un rire communicatif. Et passe de la bonne musique. D'ailleurs, pour les amateurs, la radio lui cherche un remplaçant, et il suffit d'envoyer un mail pour postuler ! Après, attention, ARA City se métamorphose en Radio Ara qui a parfois des programmes un peu déconcertants.
Et puis, encore une fois, l'intérêt d'habiter un tout petit pays au coeur de l'Europe, c'est qu'on capte les émissions de nos voisins. Pour les amateurs de musique sirupeuse (on appelle cela des "hits mit gefühl" de l'autre côté de la Moselle), rien de tel que RTL-Radio. Pour les fans de country et de rock américain, Radio-21 diffuse des vieilleries sur les ondes belges à longueur de journée. Et, pour les drogués du journal et du CAC-40, France-Info vous rendra fou en moins d'une demi-heure.

10 décembre 2006

Migrations

Les migrations, cela n'a pas que du bon. En tant que, à la fois, expatrié et informaticien, je crois pouvoir me prévaloir d'un peu d'expérience dans le domaine.

Premier exemple : la fête de lancement de Luxembourg 2007 capitale européenne de la culture. J'ai bien compris l'approche transculturelle dans la volonté d'associer la grande région à l'honneur renouvelé à la capitale du Grand-Duché d'être choisie une seconde fois pour porter haut l'étendard de la culture à travers l'Europe entière. Les projets sont transfrontaliers, le QG est installé à côté de la gare. Les symboles sont nombreux et explicites, pourquoi pas, d'autant que le caractère cosmopolite du petit pays est l'un de ses aspects les plus sympathiques. Ce que j'ai moins apprécié, c'est d'avoir migré à pied jusqu'à la gare après le feu d'artifice pour essayer d'entrer dans les rotondes, pour me retrouver devant des kilomètres de queue et migrer à nouveau en direction de mon lit par une température relativement glaciale. Mais ce n'est rien, la fête était plutôt sympa, et il ne pleuvait pas, ce qui est déjà en soi une belle initiative du gouvernement pour un mois de décembre.

Second exemple, bien plus désagréable, l'annonce par Blogger que je n'ai plus le choix et que suis fortement invité à accepter les nouvelles conditions d'utilisation, et à migrer mon blog sur leur version béta. Version béta, pour les non initiés, ça veut dire "version qui marche pas". Un peu le genre Microsoft dans les années 80 et 90, quand ils vendaient au monde entier des logiciels plein de bugs qui vous faisaient perdre une heure ou deux par jour, par l'intermédiaire de sympathiques messages du Docteur Watson et de plantages inopinés. Tous ceux qui ont dû recommencer une seconde fois un rapport de stage la veille de la soutenance parce que Word avait décidé de remplacer par des petits carrés toutes les lettres du document de 50 pages que vous vouliez simplement imprimer savent de quoi je parle. Bref, là, Google a décidé de devenir le nouveau Microsoft et donc d'appliquer les mêmes méthodes déconcertantes pour tester la fidélité de ses utilisateurs.

Une fois "accepté" de migrer à la version béta, j'ai pu voir qu'on avait rajouté un système de libellé en bas des messages, pour classer les messages par thèmes comme dans Technorati ou Typepad. Je ne vois pas trop à quoi cela sert, mais soit, il y a plein de blogs qui utilisent cela, donc pourquoi pas. Ce qui m'a laissé un peu plus perplexe, c'est quand j'ai découvert que tous les caractères accentués avaient été remplacés par des signes cabalistiques et que l'historique des messages dans la colonne de droite ne fonctionnait plus (et d'ailleurs ne fonctionne toujours pas à ce jour). Bêtement, je me suis dit que j'allais utiliser un nouveau template tel que me le suggérait gentiment les messages. Hé bien après 2 ou 3 tentatives désastreuses dont je m'excuse auprès des rares visiteurs du dimanche soir, je suis revenu à l'ancien modèle, qui avait déjà des problèmes mais qui est quand même moins hideux que tout ce qui est proposé à ce jour. Et surtout, il semble impossible de mettre une image en haut. Alors, de rage, j'ai préparé un nouveau visuel pour remplacer l'actuel bandeau et avoir une image vraiment répugnante pour l'adapter au prochain template :



Ca vous plaît ? Bon, sur ce, je vais regarder ce que je peux faire pour trouver un modèle qui fonctionne à peu près.

08 décembre 2006

Troisième Millénaire

Avec nos voitures qui roulent toujours désespérément sur la route, le cancer qui tue encore des milliers de gens, les repas qu'on sert encore dans des assiettes et pas en poudre dans des gélules, on a parfois du mal à croire qu'on a déjà dépassé l'an 2000 depuis 6 ans. Heureusement, de temps en temps, on croise quelqu'un dans la rue avec un kit main-libre style oreillette de cyborg et, surtout, on tombe sur d'improbables publicités, au téléachat ou dans les magazines à grands tirages. Je ne parle pas de Sport-Elec, qui date du précédent millénaire, mais de ce genre d'accessoire, destiné peut-être à remplacer les bigoudis chez les futures Madame Bidochon :


Madame Star Trek
Les incrédules peuvent vérifier dans le Paris-Match de la semaine dernière ou consulter ce site. J'espère que l'appareil fonctionne bien, car j'ai hâte de voir mes collègues se balader avec cet espèce de serre-tête en silicone descendu sur le front, moitié Star-Trek, moitié Marie-Chantal. Malheureusement, la technologie a un prix (340 euros !) et il est donc peu probable que nous nous baladions dans un futur proche ainsi métamorphosés par cet appareil qui, d'un seul coup de molle auréole, réduit les ridules du front, atténue les migraines et, je cite, "ouvre le visage" (ça fait mal ?).

Bref, on n'arrête pas le progrès. J'attends la version pour combattre l'impuissance masculine...

07 décembre 2006

Les enfants sont formidaaables

Les enfants sont adorables. Saint Nicolas va en chercher 3 dans le saloir d'un méchant boucher qui les y avait mis pour les manger et voici que, pour le remercier, tous les ans depuis des siècles, les enfants croquent des Saint Nicolas en chocolat, en brioche ou en pain d'épices. Quelle gratitude !


Quand on vit en couple, inévitablement, vient un moment où – chez les hétérosexuels au moins – est abordée la question de l’insuffisance supposée d’une vie à 2. Quand cette heure est arrivée, il n’est pas question d’envisager une réponse visant à proposer d’inviter plus souvent les copains à venir prendre l’apéro et regarder les matches de la Champions Ligue à la maison.

Il est communément admis, même chez les femmes, que les gamins sont, jusqu’à un an au minimum, des machines à déféquer et à pleurer. Pour ne rien arranger, jusqu’à cet âge là, il faut bien avouer que l’humain n’est pas très réussi sur le plan physique : doigts boudinés, gros ventre, fesses rouges, chevelure clairsemée, tête disproportionnée. Parler d’un beau bébé, c’est vraiment pousser la politesse jusqu’au dernier degré de l’hypocrisie.

Après, par contre, je veux bien croire qu’il n’y ait pas grand chose de plus mignon qu’un fils ou une fille qui apprenne à nager, à faire du vélo, qui découvre le monde et vous considère comme un surhomme. Mais je soupçonne ce paradis de prendre fin vers 6 ou 7 ans, quand le petit ange a tellement découvert le monde qu’il a appris la méchanceté, la mesquinerie, le mensonge et le mal sous toutes ses formes. Après, c'est un adolescent, autant dire une incarnation de belzébuth. Et après, dans le meilleur des cas, il devient un adulte intelligent et ne demande qu'à quitter la maison. Alors, merci bien.

Pour l'instant, je tiens bon avec cet argumentaire, mais je crains de devoir céder d'ici quelques temps, surtout avec les périodes des fêtes. En attendant, merci à tous les étrangers comme moi qui viennent grossir la population active du pays et permettent au Luxembourg de maintenir son avantageux système de retraites, malgré le faible taux de natalité. D'ailleurs, nos patrons ne s'y trompent pas, c'est à nous qu'ils offrent des sachets de "gougouilles" de Saint Nicolas.

06 décembre 2006

Les Lumières de la Ville

Au Luxembourg, on n'a pas de Tour Eiffel mais, heureusement, on a des grandes banques :




Ca en jette tellement que j'ai ressorti l'appareil photo qui était en congés depuis quelques chroniques, suite à ma découverte des ressources graphiques inépuisables de Wikimedia Commons. D'ailleurs, si vous passez par la route d'Esch à la tombée de la nuit, on peut voir les voitures ralentir quand elles arrivent à hauteur de la Dexia.

Pour les amateurs d'illuminations, mes endroits préférés dans la capitale sont l'avenue de la Liberté et la place de Paris, et j'aime bien aussi en général la façade des immeubles du Kirchberg où les fenêtres des tours restent allumées toute la nuit pour dessiner des sapins ou des voeux de bonne année. A partir de la fin de la semaine, sont également prévus des éclairages spéciaux des différents ponts qui enjambent la vallé de la Pétrusse (Viaduc de la gare, Pont Adolphe et Pont Rouge) dans le cadre d'une exposition du Casino Luxembourg.

05 décembre 2006

Saint Nicolas vs Papa Noël


Presque tous les enfants ont la chance de fêter Noël, mais seule une petite fraction d’entre eux a l’avantage de bénéficier également des largesses de Saint Nicolas le 6 décembre. Moi-même venu d’un pays ou cette tradition n’existe pas, c’est avec jalousie que je vois en profiter les petits Luxembourgeois, Belges, Mosellans, Alsaciens et, de façon assez générale, tous leurs camarades qui vivent dans des pays catholiques d’Europe du Nord. Il faut bien une compensation, direz vous. Certes.

Pour expliquer rapidement aux incultes comme moi qui est ce Saint Nicolas et à quoi peut bien servir ce ringard, disons que c’est le Père du Père Noël. Tout le monde sait en effet que le gros bonhomme rouge a été créé par Coca Cola, en référence au Santa Claus américain. Ce même «Santa Claus» qui n’est autre qu’une déformation de «Saint Nicolas» prononcé avec un fort accent anglais et un big mac dans la bouche. Les américains ne se sont pas contentés d’écorcher son nom, ils lui ont aussi donné un petit lifting au passage :

  • Saint Nicolas se déplace sur son âne, pour lequel les enfants placent une carotte devant la cheminée, à côté du verre de lait (ou de bière, selon le pouvoir de persuasion du père de famille) réservé à son propriétaire / Papa Noël s’envole à travers les nuages sur un traîneau en or massif, tiré par 4 rennes plaqués or qui volent mais ne font jamais caca. Sinon, personne n’oublierait de mettre son bonnet pour sortir.
  • Quand le ciel des nuits de décembre vire au rouge, c’est que Saint Nicolas est en train de faire cuire ses bonbons / Quand le plafond des nuits de décembre devient noir, c’est que l’installation du Père Noël de 4 mètres en guirlandes électriques sur votre façade a fait disjoncter tout le quartier.
  • Saint Nicolas distribue ses jouets et ses friandises le 6 décembre / LePère Noël attend 3 semaines de plus, parce qu’il sait déjà que vous serez quand même en retard pour préparer tout, même pour le 25.
  • Saint Nicolas est accompagné du père fouettard, ou Swarte Piet chez les Néerlandophones, qui va fouetter à tour de bras les gens méchants (comme dirait la chanson) / Le Père Noël n’est pas accompagné de personnes de couleur qui voudraient du mal aux petits enfants car le père noël aime tout le monde, comme Coca Cola, et qu’il n’a pas envie de se ramasser un procès de la moitié des associations du pays.
  • Quand ma mère était petite fille, Saint Nicolas lui amenait un petit mouchoir / Quand mon père était petit garçon, le Père Noël lui amenait une orange.
  • A la Saint Nicolas, les enfants ont école et vous devez vous lever pour aller travailler / A Noël c’est congé mais les enfants surexcités vous réveillent à 6h du matin pour ouvrir leurs cadeaux et vous devrez tenir 6 heures à table avec toute votre belle famille, puis faire 300 kms dans les bouchons sous la neige pour rentrer à la maison.

Pour les amateurs de Saint Nicolas et de Bande Dessinée alternative, ou pour ceux qui justement cherchent une idée de cadeau originale pour ce soir, je ne peux que chaleureusement recommander l’acquisition de Le saint patron de Jochen Gerner, aux éditions l’Association, une accumulation de détails décrits et dessinés avec toute la précision d’entomologiste qui est le propre de cet auteur. Les descriptions des types de barbes et des modèles de pain d'épices donneraient presque envie de visiter la Lorraine, ce qui n'est pas si mal.

03 décembre 2006

Travailleurs et Consommateurs

Jeudi soir, nous avons été invités avec ma femme à une soirée en l’honneur de l’ouverture d’une boutique de café dans le centre ville. Si je reconnais être parfois excessif dans mes descriptions d’un Grand Duché plein aux as, où on jetterait l’argent et les jantes 18 pouces par les fenêtres, je dois dire qu’il va m’être difficile de rester mesuré devant la débauche de moyens engagés par la « grande marque internationale que ne je citerai pas » pour vendre ses cafetières et ses capsules d’expresso. Parce que dans l'histoire, ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est qu'on ne parle pas de diamants, de Rolls-Royce, de sacs Louis Vuitton ou de montres de collection. On parle de ça :

Des Grains de Café
En terme de plan marketing, le positionnement haut de gamme de la marque ne fait pas de doute, et est certainement un bon choix vu le niveau de vie du Luxembourg. De plus, rien que la location d'une boutique en plein centre ville représente déjà un investissement substantiel, qu'il faut bien essayer de rentabiliser au maximum avant Noël en organisant une petite sauterie style « inauguration officielle ». Et puis, Luxembourg est un petit pays et on peut donc compter sur un bouche-à-oreille de tous les diables qui fera renoncer les papas à leur écran plasma pour leur faire préférer commander au Père Noël 4 000 capsules d'expresso. Mais là, il me semble qu'on a perdu toute mesure.

Pour commencer, la location du grand théâtre de Luxembourg semble un peu disproportionnée. Ils auraient pu prendre une salle un peu plus petite, quitte à cibler un peu plus leurs invités : je me demande bien comment on a pu se retrouver sur leur liste, alors que je consomme principalement du café au travail, une espèce de breuvage dont le seul mérite est de servir de prétexte pour prendre une pause. Ensuite, on aurait très bien pu passer la soirée à boire du café, après tout, on était là un peu pour ça. Mais non, c’était plutôt open bar champagne et cocktails, préparés par des barmen venus spécialement d’un café branché d’Anvers (on ne sait pas faire un mojito à Luxembourg ?).

Pour le concert, on était prévenu, une star internationale (comprendre belge et française) faisait le déplacement. Mais pour les petits fours, avant ET après le spectacle, le walking dinner préparé par le meilleur traiteur de la ville, les macarons à la truffe blanche, les roulés de sole et le filet d'empereur, le lapereau aux pistaches et, surtout, le ballet de limousines entre le grand théâtre et la boutique en question pour déplacer les pseudo-VIP d'un soir, je dois avouer que la surprise, si elle était agréable, n'en était pas moins totale.

Et puis, comme souvent quand on s'en met plein la panse, ça devient écoeurant au bout d'un moment. Tout ce luxe ostentatoire pour séduire les consommateurs, ces pleines pages de pub dans les quotidiens nationaux, ces affiches dans les abribus, on se demande quand même s'il ne se fait pas au détriment de toutes les personnes en amont. Les gens qui cultivent le café, qui le cueillent, qui le grillent, qui fabriquent les capsules et les cafetières. Ces gens qui, pas comme nous, travaillent pour cette entreprise, on sait très bien comment ils seront remerciés quand le renouvellement forcé du parc ménager rendra obsolète ces modèles intrinsèquement éphémères, qui vous poussent à changer de cafetière comme vous changez de chaussettes. Sans Wengé, sans Axelle Red et sans Mercedes.