Certains l'aiment, chou
Au Luxembourg, on a encore gardé un rythme alimentaire influencé par les saisons, si l'on excepte les fraises belges vendues toute l'année, et les cerises à 27 euros importées pour Noël. Dès la fin du mois d'août, les affiches "Les moules sont arrivées" fleurissent aux fenêtres des restaurants, en septembre on peut goûter le vin nouveau et manger des quetsches à des tarifs défiant toute concurrence, sans parler, évidemment, des bonshommes de Saint Nicolas, de la bière de Noël, des verwurelter du carnaval, de la bière de mars, etc. En ce moment, si on excepte les peu digestes colloquintes, la saison est au chou. Et pas seulement dans les bouquets de fleurs où ils ont, curieusement, fait leur apparition depuis quelques années.
Chou vert, chou rouge ou chou blanc, chou fleur ou chou rave, chou chinois ou chou de Bruxelles, tous ces choux sont une seule et même plante, à laquelle la seule culture de l'homme a pu donner des formes aussi variées. Le chou, mal aimé des cantines, le chou à la réputation sulfureuse partagée par les autres crucifères, est pourtant un brave légume (plein de vitamines, il réduirait même le risque de cancer, on attend avec impatience le prochain livre de David Servan-Schreiber : Mon Ami le Chou). Vous achetez une énorme boule à 1 euro, voire moins en ce moment, et vous avez de quoi manger pendant une semaine : en apéritif, en salade, en soupe, farci, en potée ou braisé, il est rare que le chou vous laisse sur votre faim. Et c'est là tout son malheur, le chou est trop généreux. Résultat, après le troisième repas consécutif à base de chou, abandonné par femme et enfants qui ont jeté l'éponge à la fin de la première assiette, alors que plus de la moitié du légume reste encore dans votre frigo, vous décidez d'attendre quelques années avant de recommencer l'expérience.
C'est là qu'intervient le coup de génie des civilisations orientales (entendez par là, à partir des Vosges) : l'invention de la choucroute. On nous a tannés sur les bienfaits de l'huile d'olive et les miracles du régime crétois et pas beaucoup sur ceux du régime luxembourgeois (qu'on pourrait aussi appeler, j'en conviens, régime bavarois). C'est sûr que c'est plus vendeur de montrer des photos d'une jeune fille bronzée sur une plage méditerranéenne en train de manger une tomate arrosée d'un filet d'huile d'olive qu'un routier en sandales sur une aire d'autoroute de la banlieue de Sarrebruck en train d'avaler une bonne portion de choucroute. Pourtant, grâce à la choucroute, les Chinois ont pu repousser Attila et les Huns, qui ont emporté avec eux la recette dans les contrées qu'ils visitaient. La fermentation du chou permet de le concentrer en vitamines et sels minéraux et d'en faire un aliment de choix, tout en facilitant sa conservation. Que demander de plus ? Une ouverture facile ? Une publicité avec Adriana Karembeu ? Même si je veux bien reconnaître que, au petit déjeuner, une cuillère de choucroute doit passer plus difficilement qu'une petite bouteille d'Actimel.
Et puis comme je n'oublie pas que c'est là que naissent les enfants, je n'aurais qu'une dernière phrase de soutien : the chou must go on.

3 commentaires:
Te voilà avec des annonces Google pour des choux... tu l'as bien cherché...
Ca change des pubs pour les vérandas grand-ducales. Là on me propose de découvrir Le Pouvoir Amaigrissant du Haricot Blanc.
Dingue, non ?
mais c'est bien sûr! le haricot blanc! Je me souviens quand j'habitais à tarbes on avait tous un air maigrichon... hummmmmm
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