31 janvier 2007

Le Parler Chicon


C'est bientôt le carnaval et, pour réveiller vos souvenirs des Blancs Moussis dans "Tintin et les Picaros", alias les Joyeux Turlurons, quoi de mieux que de planifier un petit tour à Stavelot ou Binche ? Le carnaval belge, c'est la beuverie élevée au rang d'institution (classé patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco) et une bonne occasion de faire la fête avec les sympathiques habitants de ce pays ! Seulement voilà, vous avez eu moins de 30 % à votre test de belgitude, vous ne savez pas qui a succédé à Baudoin (d'ailleurs vous ne saviez pas qu'il était mort) et comme vous ne parlez pas le belge, vous vous demandez si vous allez bien être compris une fois passée la frontière.

Rassurez-vous, pour apprendre le belge, il y a la méthode douloureuse, qui consiste à apprendre par coeur la page Wikipedia consacrée aux belgicismes, voire à acheter le dictionnaire franco-belge pour les plus motivés. Mais il y a aussi la façon plus simple, qui consiste à mémoriser deux ou trois phrase qui devraient suffire à votre survie dans la patrie d'Annie Cordy (maintenant, j'ai compris qu'en parsemant de noms propres ces chroniques, je ramenais un paquet de visites, il faut croire qu'il y a un tas de gens qui sont à l'affut de news sur Loana ou Sandra Kim). Donc, voilà, faisons efficace, faisons bref, faisons pragmatique, faisons belge :

Première règle : le Belge fait simple là où le Français fait compliqué.
En France, après la douche, on s'essuie avec une serviette. En Belgique, avec un essui.
En France, après avoir fait la vaisselle, on l'essuie avec un torchon. En Belgique, avec un essui.
En France, on ramasse des miettes tombées par terre avec une pelle. En Belgique, avec une ramassette.
En France, on va auX toiletteS, même s'il n'y en a souvent qu'une. En Belgique, à LA toilette.
En France, après cinquante et soixante il y a soixante-dix. En Belgique, septante, évidemment.
En France, un vêtement se ferme en tirant sur une fermeture éclair. En Belgique, avec une tirette.
En France, "w" se prononce "v" sauf dans "wapiti" parce que c'est un mot étranger, mais aussi dans "wagon" qui en est un également. En Belgique on dit tout le temps "oue" même dans "ouagon" et dans BMW. Et même dans "cwuisine".

Deuxième règle : se méfier des faux amis.
Il y a le grand classique, le verbe "savoir" que les Français emploient pour dire qu'ils ont appris à faire quelque chose alors que les Belges l'utilisent pour affirmer la possibilité de faire quelque chose. Par exemple, un Belge sait allumer la lumière, alors qu'un Français ne sait pas parler Anglais. Le corollaire, c'est que si on dit "je ne dois pas faire cela", cela ne veut pas dire qu'on a l'interdiction de le faire (un Belge dirait "je ne peux pas faire cela") mais qu'on n'y est pas obligé. Donc si votre femme vous dit "tu ne dois pas descendre les poubelles", elle ne sera pas fâchée que vous le fassiez quand même. En fait, elle se demandera même pourquoi vous ne le faîtes pas, selon l'implacable logique féminine qui veut que quand une femme ait envie que vous lui fassiez plaisir, elle vous invite parfois à faire le contraire.

Mais il y a aussi quelques cas un peu plus tordus, auxquels le Français aura intérêt à prêter attention s'il souhaite éviter l'incident diplomatique. Ainsi, lorsqu'un citoyen du plat pays vous annonce : "Si Bobonne te sonne avec son G, fais-lui une baise de ma part."
N'ayez pas l'esprit mal tourné, ça ne veut pas dire "Si ma femme fait du bruit lorsque tu touches son point sensible, n'hésite pas à lui casser les pattes arrières" mais "Si Mamie appelle sur son portable, fais-lui une bise de ma part".

Troisième règle : ne pas hésiter à utiliser des expressions imagées.
"La pièce est tombée" : si votre interlocuteur a mis du temps à comprendre quelque chose
"Ne pas avoir toutes les frites dans le même sachet" ou "ne pas les avoir toutes dans le même sens": avoir un petit vélo dans la tête
"Etre chocolat (bleu pâle)" : être malade d'avoir trop bu
"Avoir le brûlant" : avoir des aigreurs d'estomac, quand on a mangé trop de chicons, par exemple
"Il joue avec mes pieds" : il m'agace
Voilà, cela devrait suffire pour rajouter une langue étrangère sur votre CV... Maintenant, si apprendre le belge vous semble trop simple, le carnaval de Cologne est également très bien.

30 janvier 2007

Plus Belle la Vista

On en parlait partout ce matin, comme si c’était une nouvelle qui allait changer la face du monde, comme si un nouveau président des USA venait d’être élu, presque comme si Paris Hilton avait décidé d’épouser Justin Timberlake. Tout le monde se fendait de sa brillante opinion : les inévitables experts technologiques, les analystes économiques, les commentateurs sportifs, c’est tout juste si Jean-Pierre Coffe et Benoît XVI ne donneraient pas leur avis dessus : Windows Vista est sorti. Etant absolument incompétent pour juger de la chose, comme la plupart de ceux qui en parlent aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi je me priverais, à mon tour, de vous déballer tous les a priori que je peux avoir sur la question.

Alors déjà, Vista c’est bien parce que ça confirme la logique implacable de l’informatique :
En général, pour les programmes (parce que non, Mamie, Windows Vista ce n’est pas un ordinateur, c’est un programme qu’on met dedans et qui permet de s’en servir pour autre chose que comme dessous de plat), on utilise des numéros pour versions correspondant à des changements majeurs de version et des numéros après la virgule (ou point chez les anglo saxons) pour les versions mineures. Mettons, par exemple, que vous fabriquiez un programme nommé gromperekichelcher*, le premier s'appellera gromperekichelcher1.0. Si vous changez un peu la recette en ajoutant plus de sel ou d’herbes, ce sera gromperekichelcher1.1. Par contre, si vous remplacez les pommes de terre par des carottes, ce sera gromperekichelcher2.0. Des fois, même vous ne changez rien, et vous mettez quand même un 2.0 derrière pour faire croire que c’est tout nouveau (comme dans web2.0).
C’est pas très compliqué et c’est ce qui explique que, à la préhistoire (en 1985), Windows à démarré dans sa version 1.0, suivi par la 2.0 en 1987, puis la 3.0 en 1990 et la 3.1 en 1992.
Là, tout le monde se dit « OK j’ai compris, on va avoir la 4.0 en 95 ». Perdu, car les informaticiens, c’est un peu comme les garagistes, ils ont plutôt intérêt à faire compliqué pour justifier leur présence et leurs salaires astronomiques et assurer leur travail pour les siècles à venir.
En 1995, on saute 92 versions d’un coup et on se retrouve à la version…. 95.
La logique s’installe, on a donc en 1998 la version 98. Comme on n’est pas plus bêtes que Bill Gates, on se dit qu’on va avoir droit à toutes les années, ce qui finalement n’est pas idiot.
Sauf qu’arrive le monstre sans tête qui se balade dans les tuyaux, le bug de l’an 2000, qui fait que le Windows sorti cette année là ne s’appelle pas 00 mais Me, comme Millenium edition.
Du coup, ça devient n’importe quoi, en 2001 sort Windows XP (XP comme eXPerience, faut pas chercher le rapport). Et en 2007 sort Vista (là je n’ai pas trouvé pourquoi).


Evidemment, moi qui suis un faux informaticien (doublé d’un faux littéraire), et qui ai encore Windows 2000 sur mon PC, je n’ai pas testé Windows Vista. J’ai juste téléchargé des photos d’écran et je peux donc vous annoncer l’essentiel : on pourra avoir des horloges en forme de Pokemon pour donner l’heure à Tokyo. On n’aura plus besoin de tourner la tête pour savoir qu’il y a du soleil par la fenêtre. Et, apparemment, ma femme pourra m’envoyer la liste des courses directement sur mon PC (là, par exemple, Melinda a demandé à Bill de ramener des œufs, du lait et du pain, mais ça doit aussi marcher avec un pack de bière et une pizza du Docteur Oetker (oui, en Allemagne, il faut un doctorat pour faire des pizzas surgelés).

* « Windows » veut dire « fenêtres » en anglais, alors pourquoi pas appeler un programme « gromperekichelcher » (qui veut dire « galette de pomme de terre » en luxembourgeois) ?

29 janvier 2007

Il était un Froid dans l'Est

Le froid c'est sans doute un truc inventé par Dieu en même temps qu'il a chassé Adam et Eve du paradis terrestre, pour éviter qu'ils continuent de se balader simplement habillés d'une feuille de vigne. Attention, le froid, parfois c'est bien, des fois. Mais Ailleurs. Par exemple, en Antarctique ça permet aux manchots empereurs de se reproduire. En Argentine, ça crée un climat favorable à l'élevage des moutons de Patagonie et des glaciers sur le lac Argento (comme ceux là, dépêchez-vous d'y aller avant que ça fonde).


En Norvège, ça donne des paysages magnifiques.
En Suisse, ça permet de skier.
En Finlande, ça évite au Père Noël de prendre des coups de soleil.
En Russie, on peut faire du patin à glace sur la Volga gelée et se réchauffer à coup de vodka.
En France, les piétons y gagnent que les crottes de chien sont congelées et ne salissent plus les chaussures, et ça donne des idées à Michaël Youn pour les paroles géniales de "fous ta cagoule".
En Suède, en Finlande, au Groenland et au Canada, ça fournit la matière première à la construction d'hôtels de glace.
En Italie, ça permet de préparer des glaces bien crémeuses.

Mais, au Luxembourg, bon sang de bonsoir, personne ne s'habillerait d'une feuille de vigne, c'est cravate ou tailleur pour une bonne partie de la population. Il n'y a pas de montagne, pas de fjord, pas de grand fleuve ou patiner, pas de glacier, pas de crottes de chien sur les trottoirs et pas de manchot empereur. Personne ne porte de cagoule. Je n'imagine même pas qu'on essaie de patiner sur la Pétrusse. Alors ça sert à quoi qu'il fasse si froid ?

Ca sert à figer en moins de 30 secondes une Letzebuerger Grillwurscht bien chaude dans sa graisse. Ca sert à s'endetter sur 3 générations pour des pneus hivers (surtout sur des jantes 18 pouces). Ca sert à devoir se lever 5 minutes plus tôt le matin pour racler son pare-brise. Ca sert à créer des bouchons encore plus importants sur l'autoroute. Ca sert à choper des grippes et des gastros. Ca sert à saigner des mains sous les engelures malgré la crême à base de graisse de phoque. Ca sert à avoir l'air d'un abruti sous mon bonnet.

Si Al Gore a trop chaud, qu'il revende sa résidence secondaire en Floride pour venir s'installer dans l'Ösling, il devrait se sentir mieux.

28 janvier 2007

Un Oui pour un Nom

Internet, c'est un peu comme les correspondants au collège, on fait les rencontres à l'envers : d'abord on partage des centres d'intérêts, puis on discute, on échange des points de vue et, pour finir, on prend vraiment contact. Sauf qu'on n'y est pas forcés par une prof d'Allemand. Pour moi, la rencontre de samedi était une première, n'ayant jamais été très actif sur les forums, les chats ou les sites de rencontre. Je ne sais pas si je ressemble à ce que j'écris (non, je ne suis PAS fonctionnaire, j'écris chez moi le soir) mais, en tout cas, maintenant, je peux mettre une tête (et une voix) sur un certain nombre des blogueurs qui étaient présents au 1° blogdelux.

Du coup, j'ai eu envie de faire une petite chronique sur... l'identité. D'autant plus que je me suis bien amusé dix minutes ce dimanche à changer de visage sur ce site.


Au Luxembourg, comme en France d'ailleurs, il est possible de changer de nom, pour que monsieur Patate ou madame Putin puissent échapper à une malédiction héréditaire. Ceci n'est pas toujours bien accepté par le reste de la famille, qui a supporté ce patronyme, mais il faut reconnaître que ça facilite la vie des enfants.

En plus, histoire de se fâcher définitivement avec ses parents, il est également possible de changer de prénom. Il faut adresser sa demande au gouvernement, afin qu'un arrêté Grand-Ducal soit publié au Mémorial B si votre changement est accordé par le ministère de la justice (ou le Grand-Duc en personne, peut-être). Une fois l'avis publié au journal officiel, nul n'étant sensé ignorer la loi, si personne ne s'y est opposé dans les 3 mois, votre nouveau prénom est inscrit sur votre acte de naissance et une nouvelle carte d'identité vous est fournie. Pour la gourmette, désolé, mais il faut passer chez Kaas Jentgen.

Pour le reste, comme je n'ai pas trouvé de statistiques (pas plus d'ailleurs que sur les prénoms les plus prisés au Grand Duché), c'est une bonne occasion de consulter Legilux pour voir quelles sont les demandes les plus originales et essayer de découvrir ce qui peut bien pousser quelqu'un à changer d'identité.

Après quelques lectures, je dégagerais 3 familles de changement : D'abord, la conséquence de cette habitude typique du diminutif, qui fait qu'on a souvent l'impression que tous les "vrais" luxembourgeois se prénomment "Pit", "Jos", "Pol", "Mil" ou "Henk". Dans ce cas, on se demande si officialiser l'usage n’est pas une coquetterie similaire à celle des plaques d’immatriculation de courtoisie : C’est ainsi qu’un Ulric est devenu Ricky, une Rose Rosita, un Michel Mike, un Cornelis Cory. Eugenie se transforme en Ginette, Jean-Marie en John , Marie-Louise en Malou, Gertrude en Niny, Patricia en Patty, Stéphane en Steve, Stéphanie en Fanny, et même Marguerite en Guiguite.

On devine aussi la volonté d'intégration dans tous les prénoms et noms de famille issus de l'immigration qui se retrouvent un peu luxembourgisés ou écourtés (il faut dire que, dans certains pays latins, on a tendance à attribuer les prénoms de tous les ancêtres au nouveau né, qui a en plus le privilège de porter les noms de famille de ses deux parents). D'ailleurs, la procédure est simplifiée pour les citoyens nés avant 1945 et portant un prénom à consonnance allemande, qu'il est possible de remplacer par sa version francisée en le demandant juste à l'état civil de la commune de naissance.

Mais il arrive également qu’on soupçonne des besoins de renouvellement identitaire pour le moins radicaux, comme quand un Pierre-Arthur-Guillaume se transforme en Guy, une Dominique-Simone en Hanifa ou un Johan en Marcel. Sans parler d'Isabelle devenue Joshua ou Marie-Françoise qui s'est transformée en Francis... Sur Internet, évidemment, c'est plus facile.

25 janvier 2007

Mets le Son moins Fort

Photo Wikimedia Commons - licence creative commons by-sa

On sait que les commentateurs sportifs ont une longue tradition de beauferie à préserver. On connaît également les discussions sans fin suscitées par toutes les disciplines soumises à des notes attribuées par un jury. Ha, les juges russes ou bulgares, on a déclaré la guerre pour moins que ça.
Du coup, tout cela, combiné à la perspective réjouissante de voir des belles cuisses de femmes ainsi que des hommes en collant lycra, m'a encouragé à zapper sur les dernières minutes du patinage artistique sur France 3. En plus, le Français Brian Joubert menait aux points, on sentait bien que Nelson Monfort et Philippe Candeloro, les deux fines lames du patin, allaient faire des étincelles. Ca n'a pas loupé : au bout de 10 minutes, arrive un deuxième Français, dénommé Alban je sais plus quoi, qui fait ses sauts. Des loutz piqués, des triple saltos et même un quadruple salchow de toute beauté. Puis il fait deux petites cabrioles (le genre où même les commentateurs n'arrivent pas à donner un nom qui fait classe), où, en toute franchise, on sent qu'il n'est pas très fier de lui. Mais il a fait un si beau quadruple machin, là, tout à l'heure, que les juges vont lui donner 10/10. Hé bien non, maintenant on ne sait plus qui c'est qui vote mal, parce que c'est juste la moyenne qui s'affiche (ça doit être une recommandation de l'ONU en faveur de la paix entre les peuples), mais en tout cas ils avaient tous des peaux-de-saucisson devant les yeux parce qu'il a fini 5°. Un scandale, on sent que Nelson a dû retenir Philippe de descendre casser la figure au jury en entier responsable de toute cette injustice qui, franchement, l'écoeure, mais c'est parce qu'ils sont jaloux qu'il puisse y avoir 2 Français sur le podium.

C'était déjà pas mal, mais ce n'était pas fini, il restait un dernier concurrent. Après le Français mal noté, est venu "Le Belge", qui n'aura le droit de gagner un prénom et un nom qu'après avoir enchaîné une dizaine de sauts sans aucune faute. "la Belgique petit pays" (et après on va se plaindre que Pascal Sevran est raciste) réussit à classer un type 3° des championnats, incroyable ! Mais le meilleur, c'est quand Nelson fait remarquer, peu chrétiennement, à son collègue Philippe Candeloro que le Kevin belge est octuple champion de son pays, ce qui est donc mieux que lui. A quoi l'ex Lucky-Luke répond que lui il a été quatre fois champion de France, trois fois junior et deux fois sénior et que donc ça fait 9. Sous-entendu : ans compter que la France c'est quand même autre chose que la Belgique.

Conclusion de Nelson Monfort, avant la Marseillaise, "Brian Joubert a fait comme Charles Martel à Poitiers" (précisons que c'est à Varsovie que les championnats avaient lieu, et qu'il y a assez peu de Sarrasins dans les compétitions de patinage artistique, surtout quand ce sont les championnats d'Europe).

East Side Story

Si l’émission qui a eu le plus de succès sous nos latitudes lors de cette décennie a été ‘Loft Story’, ce n’est certainement pas seulement dû aux seins de Loana. Parce que des seins à la télévision, ce n’est quand même pas très nouveau, et les publicités Obao n’ont jamais battu de records d’audience.

Ce qui a du plaire à tout le monde c’est peut-être plutôt qu’on fasse une émission avec des gens qui s’emmerdent. Pendant deux mois. Et qui n’ont pas d’autre choix que de vraiment se faire chier à longueur de journée. La télé réalité, ce n’est pas tant la réalité des gens qui sont filmés que celle des téléspectateurs devant leur écran : Eux non plus ils n’ont rien à faire, ils n’attendent rien de la vie, à part peut-être un petit coup dans une piscine et la délivrance à la fin du jeu : la retraite, en évitant de se faire virer de leur boulot avant.

Imaginez un peu si on avait choisi des gens qui écrivent, débattent, peignent, s’entraînent pour courir le 100 mètres en moins de 12 secondes. Cela n’aurait intéressé que les écrivains, les intellectuels, les peintres ou les athlètes de haut niveau, qui ne consitutent quand même pas la majeure partie des gens qui vont acheter de la lessive au Super U. Alors que là, on a visé ceux qui n’ont rien à foutre d’intéressant de leur journée, c’est-à-dire pile le cœur de cible des gens qui regardent la télévision. Et qui achètent de la lessive.

Du coup, je me demande si on ne devrait pas créer un pays entier en télé-réalité. On pourrait choisir un pays où il ne se passe pas souvent grand chose, avec un climat assez moyen, pas de trop de violence. Un pays pas trop grand, avec des communautés auxquelles les téléspectateurs pourraient d'identifier, et bien sûr une piscine en plein air. Un pays propre comme un studio de télé et bien équipé en caméras de surveillance. Si possible, un pays siège d'un grand groupe de télévision pour les facilités de la production. Et un faible taux d'imposition sur les revenus artistiques. Quelqu'un a une idée ?


Les participants essaieraient de rester le plus longtemps possible pour amasser le plus possible d'argent mais, tous les jours, ou toutes les semaines, il y aurait des éliminés, qui devraient rentrer en voiture chez eux. En fait, il ne manquerait que le public...

24 janvier 2007

Les Misères de l'Est

Photo par SwirlingThoughts - licence Creative Commons disponible sur Flickr

Dès le début du reportage télé on s'en rend compte : Jean-Louis connaît la vie. Il a déjà souffert, comme le prouve sa tête burinée, ravagée par la bière et par une coupe de cheveux bien dégagée au niveau des oreilles et un peu longue sur la nuque. Les femmes, surtout, ne l’ont pas épargné. "Les femmes, vous leur donnez un morceau de pain, elles veulent la baguette en entier."

Il faut bien se rendre à l’évidence, ce n’est plus chez nous que Jean-Louis tombera sur sa moitié, son petit trésor, son sucre d’orge, qui l’attendra à la maison en lavant son linge et en préparant le repas du soir, et aura moins de 40 ans, et sera mince, et blonde de préférence, et pas trop indépendante, et si possible plutôt féminine, quoi, vous voyez ce que je veux dire. Mais les femmes, c'est un peu comme les voitures, les modèles fiables du siècle dernier on ne les fabrique plus dans nos pays.

Par contre, là, depuis à peine un mois qu’il a versé ses 1400 euros à l’agence matrimoniale, il y a déjà une bonne douzaine de jeunes femmes répondant à ces critères qui l’attendent dans une petite ville de l’Est de l’Ukraine, en faisant la queue devant le magasin de tatouage pour se faire écrire « Jean-Louis forever » sur leur fesse gauche. Pas de doute, il est temps de partir pour Kiev.

En plus, il faut l’avouer, les communications téléphoniques et les courriers électroniques quand on ne connaît ni l’Anglais ni l’Ukrainien ne sont pas des plus faciles. Là, il devrait suffire de laisser parler le langage du corps. Sentir si le feeling va passer, quoi.

Un voyage en Ukraine, c’est un investissement. Alors autant mettre toutes les chances de son côté. Du coup, Jean-Louis s’est mis sur son 31 : une veste (sans aigle imprimé, ni franges), une ceinture (sans boucle ‘harley-davidson’), un jean noir un tout petit peu trop court mais, par bonheur, suffisant pour cacher le haut de ses chaussettes de tennis. Et puis, allez, soyons fou, des mocassins. Et des chaînes en or, pour montrer que c'est un bon occidental plein de pognon, un peu business man, un peu Johnny, une sorte de Beckham avec un petit bide, quoi. Jean-Louis porte sa gourmette, bien sûr, mais également une petite plaque comme celles des soldats américains et une grosse chaîne autour du cou, qu’il a choisi de mettre au-dessus de sa chemise. C’est vrai qu’il faudrait être bête pour les porter en dessous.

Jean-Louis s’est donc fait son look. Il est un peu tendu, même s’il joue la décontraction avec son sourire en coin et sa manie de passer une main dans ses cheveux. D’un autre côté, il faut comprendre Jean-Louis. D’autant plus que, quand on ne parle pas la langue d’une femme avec laquelle il va falloir savoir en quelques jours si on la demande en mariage ou pas, il vaut mieux aller directement à l’essentiel. Du coup, c’est à l’interprète d’arrondir les angles quand Jean-Louis veut demander à Tatiana si elle est plutôt du genre à rester dans le canapé avec des pantoufles ou plutôt du genre à accorder l’importance qu’elles méritent aux tâches ménagères.
Jean-Louis passera une semaine en Ukraine, verra une femme différente par soir et ne trouvera pas la femme de sa vie. C’est mieux comme ça d’un certain côté. Il ne sait pas trop comment ses copains le prendraient s’il ramenait une bombe de 25 ans à la maison. D’autant que, une fois dans l’Union européenne, le visa de touriste n’est valable que 3 mois, alors il faut vite se décider pour le mariage. Jean-Louis se demande s’il désire vraiment tout cela. Et puis, il n’a pas tout perdu, Kiev au mois de novembre ça valait quand même le coup. L’agence le console et lui propose de tenter à nouveau sa chance en Bulgarie. Le marché est un peu moins tendu. Comme c’est un bon client, il aura droit à une remise de 10 % et une heure de communication Internet offerte.
Voilà, c'était un reportage diffusé il y a quelque temps sur la RTBF, une bonne dose de misère sociale et sexuelle qui s'échange contre une bonne dose de misère économique. Enfin, "qui s'échange"... qui se monnaie surtout. J'espère que les protagonistes trouveront finalement leur bonheur, sauf l'équipe de l'agence matrimoniale, qui peut bien croupir au goulag en ce qui me concerne.

23 janvier 2007

Le Petit Prince 2


Ce qui est génial avec l'informatique, c'est les noms marrants qu'on donne à des trucs horribles. Par exemple, on appelle APACHE un serveur internet, ou JAVA un langage de programmation (comme si la perspective de passer 40 ans de votre vie derrière un écran allait vous pousser à danser une gigue endiablée sur votre chaise à roulettes).

Là, c'est une méthodologie informatique dont je viens de me faire "offrir" un livre par mon entreprise (je suppose que c'était mon budget formation pour l'année 2006). La méthodologie s'appelle Prince 2. Du coup, le livre s'appelle... "the little prince 2". Ha, ha, ha ! Finalement, passée la bonne tranche de franche rigolade, j'ai réfléchi et je me suis dit que le petit Prince ne marchait peut-être pas seulement comme lecture dans les mariages, il pourrait finalement s'appliquer assez bien à la vie en entreprise :

On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux
C'est pour ça que là, le rapport de 10 pages qui est plein de fautes d'orthographe et n'est pas correctement formaté n'est pas si mauvais que ça. Mais il ne faut pas le lire avec les yeux, plutôt avec le coeur. D'ailleurs, la prochaine fois, au lieu de te pondre un rapport que tu ne liras pas, je vais te faire une grosse boîte d'archives fermée et on n'aura qu'à dire que le super rapport est à l'intérieur. On te l'a jamais fait le coup du mouton ?

On n'est jamais content là où on est
Ca c'est bien vrai, monsieur le client. J'ai peut-être 6 mois de retard et une centaine de milliers d'euros dans la vue, mais imaginez que vous soyez en ce moment au Sierra Leone, par exemple. Ou dans une réunion de 6 heures avec toutes les personnes de votre service compta. Vous pensez pas qu'il serait malvenu de vous plaindre ?

Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé
Si seulement le contraire pouvait être vrai, et avoir apprivoisé tout ce dont je suis responsable, je serais le plus heureux du monde.

On ne connaît que les choses qu'on apprivoise
Par transitivité avec l'avant-dernier principe, on conclut que quelqu'un qui prétend connaître quelque chose l'a forcément apprivoisé, et donc en est responsable. Le premier qui connaît un projet qui a foiré, en est donc responsable. Mieux vaut donc prétendre qu'on n'a jamais vu que des réussites. Ce qui est évidemment entièrement vrai.

Les enfants seuls savent ce qu'ils cherchent. Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes
Il arrive même que les grandes personnes paient des fortunes des consultants pour leur dire de quoi elles ont besoin. Une architecture trois tiers avec des web services et du RAID-5 dans tous les sens, avec des processus certifiés ISO-9001 et une intégration parfaite avec leur business. Ou alors un petit projet à quelques M€ pour upgrader leur organisation vers un modèle de network intégré client oriented avec une base fonctionnelle couplé à un PGI. Il est assez rare que, avant 8 ans, on ressente ce genre de nécessité.

Quand on veut faire de l'esprit, il arrive qu'on mente un peu
Et si on veut faire de l'argent, aussi un peu parfois.

Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin
D'un autre côté, en dansant le tango argentin (un pas en avant, deux pas sur le côté, un pas en arrière) on n'arrive pas super loin non plus. C'est également ce qui explique pourquoi il faut 36 mois de travail de 4 ingénieurs pour réaliser un simple programme de gestion des fiches de paie : c'est parce qu'il faut emprunter des chemins tordus, sinon c'est trop simple et ça ne pourrait pas marcher.

Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner
J'y penserai lors de mon prochain entretien annuel.

Le langage est source de malentendus
Il en va malheureusement de même des mails, les plannings, les offres commerciales, les maquettes, les rapports et même parfois les factures : "Je t'avais dit d'effacer toutes les versions SAUF la dernière, pas ET la dernière". Plus souvent, en informatique, les langages sont sources de bugs, qui sont un peu des malentendus sauf que la machine a toujours raison, et que si votre code ne compile pas, il est vraisemblable que ce soit plutôt de votre faute que celle de l'ordinateur. Sinon, si vous n'entendez rien à ce que vous dit un informaticien, il est possible que ce ne soit pas vous qui ne maîtrisiez pas les règles du Français correct de l'Académie.

Quand le mystère est trop impressionnant, on n'ose pas désobéir
On appelle cela la technique de l'enfumage. Quand on ne conaît rien dans un domaine, il est indispensable de noyer son interlocuteur sous une montagne de termes techniques, afin de le décourager complètement de toute tentative de question ou objection :

Bref, finalement, même si PRINCE 2 n'a vraiment rien à voir avec tout ça, d'après ce que j'ai pu en percevoir, il reste quand même à méditer deux minutes un autre extrait de grande littérature de gestion de projet XX° siècle, la philosophie shadock de gestion de projet : A force de rater on finira bien par réussir. Alors s'il y a une chance sur un million que ça marche, autant se dépêcher de rater les 999 999 premiers essais.

22 janvier 2007

Un Billet sur la Banque

Banque Centrale du Luxembourg

En janvier a été inauguré ce curieux bâtiment à 22 millions d'euros, incliné sur l'avenue Monterey, et qui abrite la Banque Centrale du Luxembourg. Ce qui est dingue c'est que ce pays dont la renommée mondiale doit beaucoup à l'univers de la finance et aux dizaines d'établissements financiers qui y sont installés, et qui a longtemps rêvé d'être le siège de la Banque Centrale Européenne, finalement sise à Francfort, n'avait pas de banque centrale jusqu'en 1998 !
Comment faisait-on pour payer en liquide alors ? Est-ce que tout le monde utilisait déjà sa bancomat avec minicash dans les années 60 ? Est-ce qu'on pouvait déjà payer son parking par SMS dans les années 80 ? Non, évidemment, et on n'était pas non plus payés en coquillages ou en viande de porc. Le pays avait trouvé des solutions pour le moins originales : le grand classique a été d'adopter la monnaie d'un pays voisin. Ils y sont tous passés : le Franc français à l'époque napoléonienne, le Thaler puis le Mark à l'époque germanique, et même le Franc belge à l'époque de l'union économique entre les deux pays (bien que le pays n'ait jamais été envahi par la belgique, à l'exception des hordes de flamands pendant les mois d'été).
Au bout d'un moment, le Franc Luxembourgeois (le LUF de mes premières fiches de paie) a été introduit. Mais, comme il n'y avait pas de banque centrale, on faisait imprimer les billets par une banque privée, la BIL (devenue aujourd'hui Dexia). Et comme le rôle d'une banque centrale n'est pas que de choisir quelle tête mettre sur les pièces et les billets (surtout ici où il y a quelqu'un qui s'impose naturellement), on a fixé la parité avec le franc belge à 1 pour 1, comme ça on évitait les soucis. Ce qui est marrant c'est qu'on pouvait utiliser les BEF au Luxembourg, mais pas les LUF en Belgique. Ce qui était moins marrant c'était que, ne disposant pas de facilités exceptionnelles pour le calcul mental, la division par 6,15 me posait quelques problèmes pour rétablir un ordre de prix en Franc français.
Après, évidemment, l'euro est arrivé. Les pièces frappées du profil grand ducal ont, cette fois, cours en belgique. Et c'est justement la création de la BCE et le traité de Maastricht qui ont imposé au Luxembourg d'avoir sa propre banque centrale.

21 janvier 2007

Photos du Luxembourg

Ce matin, quand ma femme m'a demandé d'éplucher puis de couper grossièrement les patates pour préparer la purée dominicale, curieusement, j'ai repensé à Diam's hier soir, aperçue à la cérémonie des NRJ Music Awards (shit music only). Putain, merde, je vous kife trop les patates, comment qu'j'suis trop content, putain, merde, merci les patates, putain, merde. Résultat j'ai répété "jeune demoiselle recherche un mec mortel" dans la cuisine pendant 15 minutes, avec un couteau économe à la main. Trop la classe, surtout en caleçon. Ca m'apprendra à zapper sur des émissions de jeunes avant de me coucher.

Pour me calmer, sous peine de récupérer un âge mental normal en reprenant les 15 ans perdus attaché devant l'émission de Michel Drucker tout le dimanche après-midi, j'ai donc branché l'ordi et j'ai fait ce qui me trottait dans la tête depuis quelques jours. Rechercher quelques belles photos du Luxembourg sur Flickr, sous licence Creative Commons, et livrer mes préférées sur ce blog. Apparemment, les gens sont prêts à payer 27 € pour un livre présentant une trentaine de photos de la capitale, alors voir quelques belles photos gratuitement devrait également plaire au peuple :



Celle-ci est signée Frederic Becker, le Boulevard Royal et la Banque de Luxembourg, l'arbre et l'immeuble, les lumières en mouvement des phares des voitures et celles immobiles des fenêtres de la banque. De beaux contrastes.

Un peu d'humour avec James Cridland, visiblement surpris par les drôles de panneaux luxembourgeois... et ceux qui ne les respectent pas !





Enfin, c'est Petursey qui a commis cette oeuvre en mode HDR : les couleurs deviennent assez surnaturelles mais la vue du Pont Adolphe prise en novembre 2006 change vraiment des traditionnelles cartes postales dont on a l'habitude.

20 janvier 2007

L'étudiante

Quand nous terminons la corvée des courses alimentaires, nous passons toujours au rayon CD et DVD de la grande surface pour voir si on ne se laisserait pas tenter par un petit achat plaisir. Après s'être battus contre des armées de caddies, avoir réussi à détacher et décoller les sacs plastiques du rayon fruits et légumes, avoir cherché pendant 10 minutes où se trouvait l'anticalcaire pour lave-linge, on a bien le droit d'alourdir la douloureuse de quelques euros.
Vendredi soir, ma femme d'amour, qui est une femme quand même et donc avec laquelle je ne partage pas forcément l'intégralité des goûts cinématographiques, a déniché une nouvelle preuve que, décidément, les navets du monde entier se réincarnent tous en DVD first prices dans des rayons de supermarchés. 9 euros pour l'Etudiante, c'était une occasion rêvée de redécouvrir un des films qui ont bercé son adolescence de belge romantique.

Pour apprécier pleinement ce film et ne pas le ranger immédiatement dans le bac à légumes, il faut toutefois se replacer un peu dans le contexte. Nous sommes en 1988, Claude Pinoteau et la Gaumont ont déjà amassé des paquets incroyables de pognon en réalisant et produisant "La Boum", "La Boum 2" après "La Gifle" (ou Adjani tenait le rôle de Sophie Marceau sans le savoir). Visiblement, ils comptent bien pousser le bouchon un peu plus loin et rempiler les films avec Sophie Marceau à tous les âges de la femme, jusqu'à la maison de la retraite si possible ("la Ménopause 2" devrait sortir en 2020). Là, Sophie, alias Valentine, joue le rôle d'une étudiante (on ne s'y attendait pas) qui prépare l'agrégation (elle porte des lunettes, trop bonne idée de costume) et qui tombe amoureuse (non, c'est pas possible) de Vincent Lindon. Ils s'aiment mais leur amour est difficile car ils sont tellement différents. En plus Vincent doit dormir dans des Sofitel à Mulhouse et à Grenoble, ce qui est nul, et déconcentre Sophie qui, du coup, fait même des contre-sens sur des versions de Virgile. La honte. C'est à peu près tout mais ça a déjà marché alors pourquoi se casser la nénette avec des rebondissements ? Quelques gros plans de Sophie Marceau le regard vague (amoureux ?) devraient permettre de tenir l'heure et demie réglementaire : Sophie à la gare de Dijon, Sophie dans un café, Sophie sur un canapé, Sophie en train de se brosser les dents sous la douche, ou de réviser ses cours dans la cuisine, et même une scène furtive où on verra ses seins (qui n'étaient pas aussi célèbres en cette époque pré-Julien Clerc et pré-festival de Cannes). Pour mettre toutes les chances de son côté, le réalisateur a décidé de reconduire également l'équipe gagnante de ses derniers succès :
Vladimir Cosma est chargé de pondre une mélodie sirupeuse pour accompagner l'histoire d'amour à tous les moments clés (et Dieu sait qu'il y en aura : la 1° rencontre dans un téléphérique à Méribel, la 2° rencontre dans le métro, le premier baiser, le second, la nuit d'amour, le matin dans la salle de bain, la pseudo-rupture, les retrouvailles... et, comme si ça ne suffisait pas, Vincent Lindon joue le rôle d'un musicien, ce qui va donner l'occasion de se régaler dans des scènes de concert d'anthologie). Le morceau qui ne quitte pas le film s'appelle "You Call it Love" et
Côté dialogues, Danièle Thompson se charge de nous livrer des répliques à mourir de rire comme, par exemple :
- Vincent Lindon : "Je joue de la musique à contre courant : un peu Jim Morrison, un peu Elton John." (on a du mal à croire à ce couple un peu contre nature et, pourtant, les passages musicaux qui suivent semblent effectivement le fruit de cette union improbable entre le père de Candle in the Wind et celui de Riders on the Storm... Evidemment, Vincent joue du synthé)
- Sophie Marceau : "J'adore Tom Waits !"
- Vincent Lindon : "Tu connais Tom Waits ?" (Je ne sais pas si toutes les adolescentes se sont ruées sur Rain Dogs à la sortie du film, mais elles ont dû être surprises si elles s'attendaient à la musique de la Boum)
- Sophie Marceau : "Oui, et aussi Phil Collins, je suis très sélective" (Ca va, tu ratisses quand même assez large)
Le film a dû connaître un certain succès puisque, dans la jaquette du DVD, on a même droit à la version japonaise de l'affiche. Sacrée Sophie, je t'adore aussi, même si je suis très sélectif.

18 janvier 2007

Vent de Folie

coup de vent à Buenos Aires en octobre dernier

Météo-Lux l'avait annoncé, les éoliennes allaient tourner comme des derviches sous amphétamines. Les bichons maltais allaient s'envoler s'ils n'étaient pas correctement tenus en laisse...
Hé bien effectivement, dès le milieu de la nuit dernière, mes voisins d'en face (s'ils étaient debout à cette heure là) ont pu me voir sortir en caleçon à 3 h du matin en pour vérifier que la table en teck posée sur le balcon ne s'envolait pas. Les rafales de vent s'engoufrant dans notre avenue ont fait du bruit toute la nuit. La pluie battante a lessivé des rues déjà bien propres. La tempête s'est abattue sur Luxembourg ville comme sur le reste de ce coin de l'Europe. Dans le parc en ville, on trouvait un nombre incroyable de parapluies démantibulés, sans parler des baleines tordues qui dépassaient des poubelles. Des arbres se sont abattus. La circulation était encore pire que d'habitude.
Pourtant, j'avais bien dit à ma chérie que ce n'était peut-être pas une bonne idée de faire à fond les carreaux du salon dimanche dernier. Il ne faut pas défier la loi de Murphy.

17 janvier 2007

Service Compris


Je pense l'avoir déjà rapidement évoqué, j'ai fait mon service (national) dans le monde du service (aux entreprises). Du coup, il m'arrive qu'on me demande ce que ça veut dire que "conseil" et ce que cachent les discours encourageants des ces sociétés qui sont en général les premières à contacter les ingénieurs quand on laisse son CV sur Monster. Alors voici, pour ceux que ça intéresse, un petit exposé sur le monde merveilleux du bodyshopping (plutôt en informatique, mais j'imagine que ça doit s'appliquer à peu près au reste).

Le principe de base de ce genre de boîte c'est :
- Des commerciaux (appelés "managers" pour leur faire plaisir) recrutent des ingénieurs qu'ils essaient de placer ensuite chez des clients en mission.
- Des ingénieurs (appelés "consultants" pour leur faire plaisir) reçoivent leur salaire de l'entreprise qui les emploie, mais n'y travaillent à peu près jamais. Entre deux missions, ils se retrouvent en "intercontrat". Ce n'est pas seulement un nom qu'on utilise à la place de "chômage" car, pendant l'intercontrat, à la différence de l'ANPE, tu es encore payé au même salaire, et tu es sensé aller au siège de ton entreprise, par exemple pour aider les managers à te trouver une mission, ou pour préparer des offres, ou pour jouer au démineur et boire des cafés. Souvent un peu des 3. Personne n'aime l'intercontrat, ni le consultant parce qu'il atteint vite les limites de l'ennui, ni le manager parce que son chiffre d'affaire baisse énormément (tu lui coûtes de l'argent et il ne pourra certainement pas s'acheter la nouvelle Mercedes série C que son collègue qui ne vend que des informaticiens a déjà commandée).

Du coup, quand tu travailles dans ce genre d'entreprise tu dois :
- Si tu es manager, trouver des consultants que tu pourras facilement placer sur des missions, que tu factureras cher à tes clients et qui ne te coûteront pas trop cher, histoire de faire un bon chiffre d'affaire. L'idéal étant de n'embaucher le consultant que si on a déjà une demande d'un client pour ce genre de profil.
- Si tu es consultant, ton but est d'être bien payé, comme tous les travailleurs en général et les luxembourgeois en particulier, mais aussi d'être certain d'avoir une mission qui va t'intéresser. Parce que, évidemment, au bout de 3 mois à jouer au démineur, même si tu veux travailler dans la résistance des matériaux dans un laboratoire d'Arcelor-Mittal, ton manager n'aura pas trop de scrupules à t'envoyer goûter aux joies de la programmation informatique à Cherbourg ou Charleroi (en général, dans les entreprises internationales, Luxembourg est inclus soit dans le "quart Nord Est" de la France soit dans le Benelux). D'ailleurs, le "budget formation", ça sert en général à cela : transformer en une semaine un chimiste en informaticien, l'inverse étant plus rare. Il arrive aussi qu'on n'utilise même pas le "budget formation", et qu'on encourage le consultant à remplacer le démineur par wikipedia où, c'est bien connu, il apprendra tout seul les arcanes des bases de données et du C++.

Le côté positif de l'histoire c'est que, finalement, consultant et manager ont le même objectif :
- Trouver une bonne mission durant environ 1 ans (c'est la durée idéale, en dessous tu n'as pas vraiment le temps de t'y faire et tu risques de faire de l'intercontrat et au-dessus tu vas finir par te demander pourquoi tu ne te fais pas embaucher directement par le client qui te paie au prix fort) ;
- Faire acquérir un paquet d'expérience dans des entreprises qui en jettent (comme ça on augmente le prix auquel on peut vendre le consultant) ;
- Réussir à vendre le consultant à des clients.
D'un autre côté, évidemment, si tu n'as pas LA mission, ça devient plus préoccupant, car les objectifs du consultant et du manager deviennent rapidement opposés : l'un des deux veut absolument facturer l'autre, même si ça implique de l'envoyer au charbon dans des contrées où les gens ne mangent que des pommes de terre et où il vivra dans un hôtel Ibis (si on te demande "êtes-vous mobile ?" il faut comprendre "aimez-vous les pommes de terre et les plateaux repas devant Canal + ?") . Les scrupules des commerciaux, surtout ceux dont la rémunération varie fortement en fonction de leurs résultats comme c'est le cas ici, ayant tendance à présenter une importance toute relative. Evidemment, en théorie, le consultant peut refuser une mission qui ne correspond pas à ce qu'on lui avait promis au départ. Mais, c'est bien connu, la différence entre la théorie et la pratique, si elle est nulle en théorie, ne l'est pas dans la pratique.

Pour ma part, mes 3 ans et demi dans cet univers un peu particulier (j'en suis sorti, merci) ont été assez positifs : j'ai eu 3 clients, je n'ai fait que 3 mois d'intercontrat en tout et, à chaque fois, j'ai eu des missions proches de Luxembourg ville. Ceci dit, je suis passé à 2 doigts de me retrouver dans une entreprise de traitement de déchets industriels, dans le port d'Anvers, pour faire des plans de classement documentaire de leurs installations classées Seveso 2.

Bref, je suis quand même assez heureux d'être devenu... hors-service.

16 janvier 2007

Mes amis les bêtes

On n'en parle pas encore sur CNN (ça fait déjà la une du Tageblatt et du Wort) mais une loi incroyable risque d'entrer en vigueur au Luxembourg. Ce pays qui marche sur la tête envisage d'obliger les gens à tenir leurs chiens en laisse dans les lieux publics, les transports en commun et les parties communes des immeubles. Dingue, non ?

Cette loi prévoit donc qu'on ne pourra plus laisser gambader son petit rottweiller* dans la forêt pour qu'il chasse les champignons et qu'il ramasse des pâquerettes entre ses petites quenottes. L'été dernier, en me baladant sur un chemin près du lac d'Esch-sur-Sûre, j'ai adoré me trouver face à un tosa** pesant bien ses 30 kgs, qui est gentiment venu me faire un grand sourire en posant ses pattes avant sur mon torse. Malheureusement, sa maîtresse qui suivait 20 mètres derrière l'a rappelé pour lui enfiler sa muselière et une laisse avant qu'on ne puisse commencer à jouer ensemble en se roulant par terre et en se mordillant nos oreilles respectives. Ces bêtes sont tellement taquines.

Il faudrait en plus implanter une puce derrière l'oreille de son chien, avec mention du numéro d'identification de l'animal, et des coordonnées de son maître. C'est bien joli mais ça va devenir compliqué pour abandonner son chien lors des départs en vacances, on voit bien que les députés ne réfléchissent pas à tous ces problèmes.

Cette loi prend pour prétexte les différents accidents qui ont eu lieu à l'étranger ces dernières années, notamment avec des enfants. C'est évidemment un raisonnement à l'envers qui a pu amener les députés à pondre ce texte absurde : ce sont les enfants qu'on devrait tenir en laisse et donner des cours d'éducation aux parents des petits qui risquent de déséquilibrer l'alimentation des boer-bulls*** en augmentant inconsidérément leur régime carné.

Enfin, le projet est un tel tissu de bêtises qu'il fait même une différence entre les chiens d'attaque (qui devraient obligatoirement être muselés et castrés), les chiens de garde (possession interdite aux mineurs, pourtant c'est une idée cadeau sympa pour une première communion) et les autres races, alors que, comme le dit le président de l'association Mënschen mat Muppen, "ce ne sont pas les races qui sont dangereuses". C'est de notoriété publique ! Et d'ailleurs c'est pour cela qu'on utilise des bichons maltais de garde, et qu'on fait des combats de yorkshires tueurs. Personnellement, je ne vois pas pourquoi on ne remplacerait pas la colombe et son rameau d'olivier par un pittbul**** avec une jambe dans la gueule.
J'adore les chiens
Devant une loi ausi absurde, rien d'étonnant à ce que plus de 15 000 Luxembourgeois aient déjà signé une pétition contre ce projet de loi 4985. Quand on sait qu'il y en déjà plus de 25 000 qui veulent changer de drapeau, on se dit que, décidément, on vit dans un pays qui a bien des soucis.

** le Tosa est un chien qui "a bon caractère et est facile à dresser".
*** le Boer-bull est un animal "au naturel un peu (sic) indépendant".
**** le Pitbull est un chien "très attentif à son environnement" (ça doit vouloir dire qu'il ne défèque jamais en dehors des canisettes ?)

La Dernière Cigarette

Il y a un certain nombre de personnes qui sont tellement convaincues de l'excellence infaillible de leurs jugements critiques qu'elles ont tendance à vouloir faire profiter leurs voisins de leurs goûts musicaux en mettant le volume de l'autoradio ou de la chaîne Hi-Fi à fond, et à montrer aux passants leurs idées de décoration (ha, les petites statues dans les jardins...). En ville, ceci se résume généralement aux appuis de fenêtres. Il y a des gens qui y mettent des orchidées en tergal, d'autres des vases chinois, d'autres des plantes vertes, d'autres des poupées en porcelaine et, bien entendu, des petites lampes éclairées en soirée pour donner une ambiance chaleureuse (et pour que tout le monde puisse admirer la petite exposition à côté). Cette tradition s'adapte parfois aux événements du calendrier et on voit ainsi fleurir des drapeaux en période d'ardeur footballistique, des citrouilles pour Halloween, des branchages avec des oeufs suspendus pour Pâques et des chandeliers suédois pour Noël.

Mais il y a un résident de Luxembourg qui, peut-être pour célébrer la nouvelle législation anti-tabac en vigueur depuis septembre dernier, a apporté une touche pour le moins originale à son appui de fenêtre :

un peu trop tard pour arrêter

En voilà un qui a attendu un peu trop tard pour arrêter. L'histoire ne dit pas si le crâne est celui de sa belle-mère, ni même si c'est un vrai (le reste du corps serait sans doute... incinéré). Peut-être Marylin Manson a-t-il décidé de déménager dans un pays calme, à l'instar de notre ami Johnny, et qu'il a choisi un pied-à-terre près du parc de Bel-Air suite aux annonces des autorités suisses de leur volonté de relever les forfaits fiscaux.

En tout cas, la petite lumière le rend vraiment immanquable dans cette fenêtre du rez-de-chaussée. Sur le même thème, pour ceux qui recherchent des idées pour faire fortune : investissez dans les parasols chauffants, il y a de fortes probabilités que la demande explose en France à partir de début février...

15 janvier 2007

Le Périple Jeune

Si j'ai à peine la moyenne en tant qu'adulte, je dois avouer ne plus me sentir hyper jeune non plus. Pour preuves : ce blog où j'essaie d'écrire en vieux français correct, le nombre grandissant de personnes qui me vouvoient, la désespérante absence de tout accessoire Dolce & Gabbana dans ma garde robe, sans parler de ma réticence à envoyer des SMS ou à regarder la Star-Ac' (je sais quand même qu'il ne faut pas dire Star Academy).

Du coup, peu au fait de ce monde de l'adolescence du 3° millénaire, et encore moins de sa matérialisation au Luxembourg où j'avais déjà 25 ans quand je suis arrivé, j'ai longtemps ignoré pourquoi il y avait des tags sur un gros bâtiment à Hollerich, visible depuis l'autoroute. Longtemps, ça veut dire jusqu'à hier pour être très précis.


skate park Hollerich

Ce n'est pas vraiment le genre de décoration en cours dans le pays, qui cultive plutôt la propreté que le laisser-aller. Qui a donc pu laisser les graffitis envahir les murs de ce paté de maison ? Je suis allé voir, hé bien la réponse est toute simple, c'est que les anciens abattoirs de Hollerich ont été reconvertis par la ville de Luxembourg en parc à jeunes. Pardon, en parc de skate.

skate park Hollerich 2
Je n'ai jamais mis les pieds sur un skate-board (je n'ai pas encore pondu de test pour le mesurer, mais j'imagine que j'avais un "degré de coolitude" assez moyen également durant mes années collège), ce n'est donc pas pour tenter des "ollie flips" que je suis entré dans ce parc, simplement pour prendre quelques photos de tags (on dit encore "tag" ?) qui m'ont paru vraiment sympas. Ici, même quand on bombe on fait attention à ne pas dépasser les traits, on gère bien les ombres et les sources de lumière, et on choisit des scènes fleurant bon le gutland et les verts paturages...

skate park Hollerich 3

Voilà, Luxembourg est un peu hip-hop à défaut d'être très rock'n roll... A part ça, il m'a quand même semblé que les gens qui fréquentaient cet endroit portaient plutôt des T-shirts du Punisher que des polos Ralph Lauren, qu'ils n'étaient pas chaussés de Weston mais de Vans et qu'ils écoutaient plutôt du NOFX ou du Blink 182 que du Miles Davis. L'anti-conformisme reste fidèle à certains de ses principes.

J'ai terminé mon périple jeune par un tour au parc de Merl, où les futurs B-Boys étaient encore en poussette et en couches culottes baggy. Leurs mamans (et leurs mamies) portaient du Burberrys et des carrés Hermès, c'est bon, je n'étais pas perdu...

14 janvier 2007

Il fallait le Fer

J'avais vaguement entendu parler d'une église assez unique en Europe, entièrement construite en fer, entre Longwy et Thionville, à Crusnes très précisément. Le temps ensoleillé de ce dimanche m'a convaincu d'aller y faire un tour, pour voir si elle était aussi rouillée et décrépie que le climat de la Lorraine pouvait le permettre et que les photos de Wikipedia le laissaient penser... Hé bien, jugez sur pièce, suite à une bonne rénovation qui a dû couter quelques hectolitres de Rustol et de peinture, le bâtiment métallique n'a plus l'air d'avoir été bâti dans les années 30 :

église en fer de Crusnes
L'éclat rutilant de la peinture blanche sur le fond du ciel bleu ferait plutôt penser aux îles des Cyclades qu'au bassin minier lorrain. Pourtant, c'est bien en l'honneur de Sainte Barbe, patronne des mineurs, qu'a été édifié l'église en plein centre de cette cité ouvrière. Malheureusement, on ne pouvait pas y entrer, l'intérieur étant certainement en cours de rénovation lui aussi. Mais j'ai quand même tapé sur les colonnes : ça sonne creux, ce qui est assez marrant.

Les Luxembourgeois pourront comparer avec la chapelle (pour le moins gothique) de Wim Delvoye au Mudam, à ceci près que les vitraux ne montrent pas des squelettes et des intestins... Curieusement, cela m'a aussi fait penser aux cathédrales actuelles du Grand Duché, également bâties de verre et d'acier, et érigées à la gloire de notre idéal des temps moderne, le travail :

les tours de l'Europe au Kirchberg
La morale du travail et de la réussite sociale ont définitivement enterré tous les idéaux. Le catholicisme presque aussi bien que le communisme. Un Saint, finalement, aujourd’hui, c’est un patron d’entreprise. Il crée des emplois, fait vivre des gens, dynamise le tissu industriel d’une région… c’est quand même autre chose qu’un type qui marche sur l’eau pour se rendre intéressant.

D'ailleurs, anecdote qui me permet de trouver une petite chute revenant au point de départ de cette chronique dominicale, la société Wendel est intervenue financièrement pour la rénovation de l'église de Crusnes. Si la raison sociale de ce mécène ne vous dit rien, celui de son PDG vous rappellera certainement quelque chose... il s'agit de monsieur Ernest-Antoine Seillière !

13 janvier 2007

Panini's Paradise


Les temps modernes et la civilisation nous apportent un progrès de plus en plus rapide, des nouveautés de plus en plus rapprochées, des découvertes tous les jours de besoins dont on ne soupçonnait même pas l'existence la veille. L'inflation du nombre de lames sur les rasoirs manuels, par exemple, dont je viens d'apprendre qu'on en mettait maintenant 5+1 sur un seul rasoir (avec ou sans pile, parce que maintenant même les rasoirs mécaniques marchent à pile) nous permet par exemple à nous, les hommes poilus, d'atteindre une extase de douceur et de glisse tous les matins.
Mais s'il est un domaine où on a également beaucoup progressé ces dernières décennies, c'est bien le sandwich. Quand j'étais petit, à la fin des années 70, il n'existait que le jambon-beurre, le saucisson-cornichon ou, pour les plus téméraires, le sandwich au paté, voire aux rillettes. Puis sont apparus des pains américains, avec plein de frites et de ketchup, rapidement suivis par des hamburgers, au début des années 80. C'était l'époque où on cousait des petits drapeaux des USA sur nos jeans. L'homme le plus cool du monde s'appelait Fonzie et Goldman chantait le rêve américain.
A la fin des années 80, les kebabs ont commencé à arriver dans ma ville de province. Salade, tomates, oignons et sauce blanche, avec un peu de harrissa. Le sandwich se faisait oriental. Peu après, dans les années 90, une réponse européenne peu convaincante était lancée par la Suède avec des "polars", mélangeant saumon, aneth et mayonnaise dans un pain au goût d'éponge, et par l'Italie avec ses paninis, qui n'évoquaient dans mon enfance que les albums où on essayait toujours de refiler les vignettes des joueurs du FC-Metz contre ceux de l'AS-Saint Etienne (Lyon était en D2, c'était la belle époque). Aujourd'hui c'est peut-être le "wrap" le dernier avatar de la restauration sur le pouce. A 5 euros la crêpe froide, c'est un bon placement pour les marchands de soupe. Le pain-saucisse-moutarde luxembourgeois n'a pas connu une aussi belle gloire internationale mais, qui sait, peut-être un jour...
Cette longue introduction, c'est pour vous dire que j'ai récemment découvert le paradis du panini (du panino ?). Si vous croyez, comme moi avant, que les panini ne sont que des baguettes mal cuites aplaties sous un grill et renfermant du jambon en plastique et de la mozarella fabriquée dans la même usine, je vous encourage vivement à entrer à la "Bottega dei Sapori". Cette petite boutique qui ne paie pas de mine, au rez-de-chaussée d'un horrible immeuble du Boulevard Royal, bien cachée derrière les échafaudages, est vraiment une adresse sympa pour une pause déjeuner en centre ville. Le pain y est bien épais et croustillant, les charcuteries sont savoureuses et tranchées lors de la commande, les feuilles de roquette sont ajoutées après cuisson pour éviter qu'elles défraîchissent à la chaleur. Et, évidemment, le café y est excellent.

12 janvier 2007

Adultitude

J’ai 30 ans cette année. Il est temps de voir si je suis ou non un adulte, selon un questionnaire très vaguement inspiré d’une vieille chanson de Katerine, du temps où on le voyait plus souvent dans les Inrockuptibles que sur les plateaux de TV. Dans cette chanson, le futur adorateur du louxor expliquait qu’il avait 30 ans et qu’il n’avait jamais tué quelqu’un (bien que l’envie ne lui en ait pas manqué), ni fait l’amour avec 2 femmes à la fois, ni construit de maison, ni vu la guerre, ni même fait l’armée. Qu’il avait 30 ans et qu’il était un gamin.


Je me suis donc concocté une petite liste, des choses qu’on fait quand on est un adulte, et que je ressortirai peut-être à mon prochain changement de dizaine, pour voir si je suis sorti de l’âge tendre. J’avoue que le sujet sur les 5 choses qu’il faut savoir de moi m’a laissé un peu sur ma faim, et que, à défaut de grande chaîne du bonheur, je vous propose ceci en rattrapage. La liste est évidemment discutable, l’idéal aurait été que j’en trouve une sur Internet, mais apparemment cela n’existe pas encore (j'ai juste trouvé les règles d'un jeu à boire où chacun doit dire un "j'ai jamais..." qui fait boire tous ceux qui "ont déjà..."). Alors voilà, libre à chacun de la compléter ou d’enlever certaines des propositions s’il souhaite la réutiliser…
  • Laver mon linge : déjà fait

  • Faire un nœud de cravate : déjà fait (tous les jours de la semaine, en fait)

  • Avoir une dent dévitalisée : déjà fait (à 22 ans, d’ailleurs, et pour ma toute première carie qui avait bien attendu pour arriver mais qui ne m’avait pas loupé)

  • Prendre l’avion seul : déjà fait

  • Faire une coloration : jamais fait (compense la cravate pour les femmes...)

  • Jouer au golf : jamais fait

  • Chasser le sanglier : jamais fait

  • Fumer un cigare : déjà fait

  • Avoir un accident de voiture : déjà fait (toujours contre des voitures en stationnement, curieusement, ce qui n’est pas très flatteur mais est quand même moins dangereux pour moi et pour les autres !) D'ailleurs, avec la tempête qui soufflait ce midi, j'ai failli faire un constat... avec un sapin de noël, laissé sur le trottoir par des gens désireux de s'en débarasser, et qui, emporté par les bourrasques, est passé devant moi alors que je me garais !

  • Epouser quelqu’un : déjà fait (une fois, pour être précis, en espérant que ça en reste là)

  • Avoir un enfant : jamais fait

  • Toucher un héritage : jamais fait (et je suis pas trop pressé)

  • Entrer dans un tribunal : jamais fait (idem)

  • Préparer un pot-au-feu : déjà fait

  • Regarder un épisode entier des « Feux de l’Amour » : jamais fait (lire en entier un roman de Daniel Steel compte aussi pour un point)

  • Sauter en parachute : jamais fait

  • Monter sur une moto : jamais fait (un petit scooter en Grèce mais ça compte pas)

  • Etre hospitalisé : déjà fait (l’appendicite)

  • Mentir sur mon âge : déjà fait (mais dans l’autre sens…)

  • Mettre les pieds dans un cabaret de la rue du Fort-Neipperg : déjà fait (on peut adapter la rue pour les non Luxembourgeois mais c'est moins bien)

Ca me fait donc un coefficient d'adultitude (moi aussi je peux inventer des mots) de 11/20, j'atteins la moyenne, je suis qualifié pour mon prochain anniversaire. Mais c'est dans 6 mois, j'ai le temps.

11 janvier 2007

Le Club des 5

Pour obéir à la règle du jeu, voici 5 choses que personne (mais vraiment personne) ne sait de moi :

  1. Mon taux d’hématocrites : personne ne connaît mon taux d’hématocrites. Même pas moi, c’est dire.

  2. Pour qui je vais voter à la présidentielle : merci de respecter le secret du suffrage. Il faut croire que tout le monde se prend pour Doc Gyneco en ce moment et s’imagine qu’il est hyper important d’annoncer à la terre entière quel bulletin il va mettre dans l’urne. Si vous voulez tout savoir, d’ailleurs, je pense que je ne devrais même pas avoir le droit de vote tant que j’habite, que je travaille et que je paie mes impôts hors de France. De quel droit irais-je me prononcer sur l’avenir d’un pays qui m’a certes vu naître mais dont je ne bénéficierai qu’en très peu de chose de la politique future ? Je suis pour le droit de vote aux résidents !

  3. Pourquoi ce blog s’appelle « Chroniques du Luxembourg » : A la fin de mes études, j’avais pris l’habitude de tuer l’ennui, qui envahit inévitablement tout stagiaire plongé en entreprise, en émettant des quantités assez considérables de mails. Toute ma promotion était en stage à l’étranger, et chacun racontait un peu ses aventures. Moi j’étais à Francfort, et mes courriers s’intitulaient invariablement « Chronique de Francfort n° XX ». 5 ans après, le blog a remplacé les mails, ce qui fait que je ne sais plus qui me lit, mais le principe reste un peu identique et le titre a donc suivi.

  4. Aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais rien volé. Je n'en tire aucune gloire, c'est juste un constat. Cela ne me demande pas d'effort particulier, en plus j'ai la chance de ne pas en avoir besoin pour survivre. C'est un peu comme dans Orange Mécanique où, à force de films qui lui triturent et lui retournent le golliwog, Malcolm Mac Dowell devient incapable du moindre acte de violence. Je sens que prendre quelque chose à quelqu'un ou dans un magasin me rendrait malade, me donnerait une indescriptible nausée qui fait que je m'abstiens. Par contre, si un serveur se plante et oublie de me compter la bouteille de vin, là je ne réclame pas. Etrange, non ?

  5. Si je pouvais avoir un super-pouvoir, après mûre réflexion, je choisirais celui de me téléporter. J'ai un peu hésité avec celui de pouvoir lire dans les pensées des gens, prédire l'avenir, repasser mes chemises par la seule force de la pensée, remonter dans le passé, pouvoir devenir invisible ou être capable d'arrêter le temps, mais finalement c'est la téléportation qui me plairait le plus. En un battement de cils me retrouver sous les tropiques pour le week-end, chez des amis pour une soirée, visiter tous les pays que je n'aurais jamais le temps d'aller voir même si je gagnais au loto demain, ou, plus prosaïquement, gagner 10 minutes de sommeil tous les matins.

En bonus, une dernière information : je ne continue jamais les chaînes d'amitié, de messages ou d'e-mails, fussent-ils pour donner de la moelle épinière à un banquier nigérian qui a perdu sa fille.

09 janvier 2007

Impôts de Chagrin

Déclaration d'impôts

Au 1° janvier 2007, le SMIC luxembourgeois a dépassé les 1800 euros bruts mensuels pour une personne qualifiée. C'est déjà assez énorme en soi, non pas en absolu mais en relatif quand on compare par exemple au salaire minimum portugais (437 euros) ou bulgare (82 euros). Mais comme si cela ne suffisait pas, on bénéficie également du plus faible taux d'imposition de tout l'OCDE ! Après avoir pris en compte les impôts, les cotisations ainsi que les prestations familiales, le salarié luxembourgeois moyen, avec une famille à charge, disposerait de... 101,1% de son salaire brut. Cela me semble un peu incroyable, mais si une étude le dit, alors c'est que ça doit être vrai.

La retenue à la source permet en outre de ne pas avoir de grosse addition à payer. Les impôts sont prélevés tous les mois sur notre fiche de paie et on régularise en fin d'année auprès du bureau des contributions qui, en général, rend un peu d'argent sur le trop perçu (en fonction des déductions). Ainsi, les intérêts débiteurs pour un prêt, les primes d'assurance, les contrats de prévoyance vieillesse et les frais de garde d'enfant sont déductibles. D'ailleurs, je ne saurais que trop recommander à tous ceux qui sont arrivés au Luxembourg l'année dernière d'utiliser les formulaires de l'administration des contributions pour demander une régularisation. Avec un peu de chance, vous serez remboursés d'une bonne partie des impôts payés l'année dernière (calculés sur une base de 12 x votre salaire mensuel, ce qui est faux si vous n'avez pas travaillé toute l'année). Je l'avais fait en 2000 et m'étais offert une guitare avec l'argent des impôts. Sympa, non ? Même la TVA n'est que de 15%, un taux parmi les plus faibles de l'Union européenne.

Ceci dit, le niveau de vie est également assez élevé et les tarifs de l'immobilier, par exemple, devraient suffire à convaincre qu'au milieu des millionaires, il n'est pas si facile de se sentir riche. Surtout pour les 20% des travailleurs qui touchent exactement le salaire minimum, ce qui est une grosse proportion, un record également.

Sinon, promis, je réfléchis à 5 choses que les gens ne savent pas de moi. C'est pas facile si j'inclus mes parents et ma femme dans "les gens", mais ça va peut-être remplacer la psychanalyse que je ne ferai certainement jamais...

Highway to Esch

Pour me justifier devant les lecteurs qui s’indignent de ma propension à critiquer un pays qui me fait travailler (je tiens à préciser toutefois que, n’étant pas fonctionnaire, l’expression me semble légèrement abusive), j’ai cherché un sujet sur lequel non seulement je pourrais chanter les louanges du Grand Duché, mais aussi sur lequel je pourrai me moquer à la fois du pays qui m’a donné la vie et du pays qui m’a donné une femme

J’aurais pu choisir les impôts mais, malheureusement, je ne vois pas trop comment faire sourire les gens avec les taxes, quand bien même elles seraient du niveau de celui du Luxembourg. Du coup, j’ai choisi les autoroutes. C’est bien simple, dans ce domaine, le Grand Duché est, à mon humble avis, imbattable et ça tombe bien quand on voit le nombre de voitures et de camions qui empruntent les 150 kms de réseau réservés aux véhicules automobiles.

En effet, en Belgique les autoroutes sont éclairées (et encore, pas sur tous les tronçons) mais c’est surtout pour permettre aux conducteurs de voir les trous. Même quand les revêtements sont refaits, il faut en général moins d’un an pour que de nouvelles dépressions se créent. Comme les nuages dans le ciel, elles prennent parfois la forme de vaguelettes, parfois de ronds, d’autres fois de rectangles de couleur plus foncée ou de profondes rayures. Bonjour les écarts et les pneus crevés qui ont permis, d’ailleurs, de rebaptiser la « bande d’arrêt d’urgence » en « bande des pneus crevés ». Comme, en plus, le macadam belge présente la caractéristique d’être complètement étanche et de ne pas être bombé pour permettre l’évacuation des eaux de pluie, on se retrouve fréquemment à rouler dans une piscine. En plus, il y a très peu d’aires de repos et seulement quelques restaurant qui ne font pas honneur à la gastronomie du plat pays (à moins d’être fan du pavé de dinde sauce halloween ou de la choucroute à l'acide sulfurique en promotion à 16,95 €).

Côté français, l’état des autoroutes est bien plus correct mais c’est au prix (c’est le cas de le dire)d’un péage de plus en plus exorbitant. En plus, vous circulez dans le noir total, même si l’installation de radars automatique tous les kilomètres devrait bientôt fournir un éclairage stroboscopique du plus bel effet à l’ensemble du réseau routier hexagonal…

Croix de Cessange (source: Ponts et Chaussées)
Les Luxembourgeois, par contre, n’ont pas fait les radins : des échangeurs top moumoute, pas de péage pour les voitures, des stations services propres et bien achalandées, pas (encore) de radar automatique même si la police locale est intransigeante sur le respect des limitations, des routes toujours sèches même pendant les 10 mois d’hiver, un revêtement lisse comme un billard et des informations trafic en temps réel, à la fois sur la route et sur Internet.
Bravo.

05 janvier 2007

Kirchberg Quizz

Comme promis, j'ai essayé d'écrire une chronique positive mais je n'y suis pas vraiment parvenu. Surtout que j'ai tout un stock de photos du pire quartier de Luxembourg ville prises à la fin du mois de décembre. Comme je ne vois pas trop ce qu'on peut trouver de génial au Kirchberg, je vous propose un petit concours avec en jeu toute ma reconnaissance : vous devez deviner quelle est l'entreprise ou l'institution qui a eu le bon (ou le mauvais) goût de laisser carte blanche à un cabinet d'architectes ou à un artiste pour rendre un peu moins impersonnel son immeuble au Kirchberg. Tous les blocs de verre et d'acier ne se ressemblent pas et, quand on a les moyens, on peut se permettre bien des fantaisies...
Photo 1 : On commence avec une facile. Cette silhouette longiligne est pire que votre patron et compte le nombre de voitures arrivant en retard au bureau. Evidemment, c'est une banque, mais laquelle ?


Photo 2 : un peu plus compliquée, d'autant que la sculpture est dans une rue perpendiculaire à l'avenue JFK (je ne sais pas ce que Kennedy a fait au Luxembourg pour voir son nom attribué à la pire des routes du Grand Duché, toute en courbe, en contre allées, en bus qui bifurquent, en feux mal synchronisés et, surtout, tout le temps en travaux). Le contraste entre la propreté clinique du bâtiment et le look "Mad Max à la décharge municipale" laisse un peu songeur mais la statue est bien scellée à son socle, les éboueurs ne risquent pas de partir avec.


Photo 3 : A fond dans le béton, à fond dans le verre et à fond dans l'acier. Pas de statue, pas de drapeau, et en plus on voit tout les employés depuis la rue, style "ici on n'a rien à cacher". On n'est visiblement pas là pour rigoler. C'est un bâtiment qui a été terminé il y a peu et qui abrite... quoi ?


Photo 4 : Celle-là aussi est facile. Impossible de ne pas reconnaître ce bâtiment rose et ces petites tourelles qui donnent un air de "Disneyland Luxembourg" à cette institution pourtant fort sérieuse.

Photo 5 : Pour terminer, un grand totem rouillé, planté sur une pelouse devant... devant... Allez, un petit effort !

04 janvier 2007

Mon œil !


Au Luxembourg, comme en France, on a une chaîne d'opticiens qui propose de fabriquer vos lunettes en 1 heure. Comme un de ces magasins se trouve dans une galerie commerciale pas trop loin du boulot et que j'ai violemment malmené mes lunettes au réveillon, il m'a semblé malin de m'y rendre sur le temps de midi pour me faire refaire une nouvelle monture et de nouveaux verres (quand je dis violemment c'était violemment) : je passe à midi trente au magasin, je prends le temps de manger un sandwich et de faire 2 ou 3 courses puis je repars avec mes lunettes neuves à 2 heures moins 10 au plus tard. Le pur plan. D'autant que conduire avec des lunettes de soleil ça passe encore le matin et la journée, mais le soir c'est un peu limite. Sans parler de travailler avec des verres fumés...

Confiant, j'arrive donc au magasin hier vers midi et demie. Le panneau explique qu'il faut 5 minutes pour ci, 10 minutes pour ça et que, au final, il leur reste même 5 minutes pour bien nettoyer les verres (genre, si j'ai jamais mis plus de 30 secondes pour le faire, c'est le bout du monde, c'est pas la fenêtre du salon non plus). Ce qu'ils oublient de dire c'est que sur le temps de midi, surtout en période de vacances scolaires, il faut attendre 40 minutes pour que quelqu'un s'occupe de vous ! Déjà, le plan tenait un peu moins la route. Surtout que le système est hyper bizarre : il y a un grand comptoir devant lequel des gens attendent mais sans faire la queue et derrière lequel les employés du magasin apparaissent et disparaissent en un éclair car c'est aussi dans ce comptoir que sont apparemment rangés tout un tas d'outils indispensables à leur travail, et il y a aussi le magasin lui-même où vous pouvez, avec un peu de chance, être aidé par quelqu'un qui vous voit tourner au milieu des rayons depuis un certain temps. Vous pouvez tenter la première ou la deuxième option, moi j'ai fait un peu des deux et c'est finalement la première tactique qui s'est avérée gagnante, même s'il était déjà 13h10.
Le point positif, c'est que j'avais eu le loisir de faire un premier choix, car quand j'ai montré mon ancienne paire, le verdict est tombé : "ouh là là, on pourrait peut-être les redresser, mais ça ne sera pas solide, il faut acheter une nouvelle monture. Vous avez déjà pu regarder un peu ?" J'acquiesce et, en 2 minutes, je fais mon choix. Là on revient sur la petite table, je me vois offrir un café, que je refuse poliment puisque je n'ai pas encore mangé. Merci de remuer le couteau dans la plaie. Et là, l'employée m'apprend qu'un opticien va venir s'occuper de moi parce qu'elle fait juste les linéaires ! Désespéré, je me sers une pleine poignée de bonbons au caramel pour lutter contre l'hypoglycémie et j'ai le temps de découvrir que mon GSM possède un jeu de bataille aérienne qui me permet de ne pas trop trépigner pendant que l'opticien termine ce qu'il est en train de faire.

L'opticien arrive après 2 ou 3 parties (je n'ai pas été très fort aux commandes de mon avion, ne dramatisons pas outre mesure). Il commence par me prendre la photo. L'indispensable photo à 15 euros sans laquelle il est rigoureusement impossible de fabriquer des lunettes. Soit. Il n'y a que 2 personnes qui font la file devant la machine pour se faire tirer le portrait, on n'est plus à ça près. Ensuite, l'opticien essaie de me vendre sa carte géniale, cherche 5 minutes le n° de carte de ma femme qui me donne droit à 10% mais qui est enregistré dans l'autre magasin de la ville, et me propose quand même de remettre mes verres cassés sur ma monture tordue et de redresser un peu le tout pour me faire une paire de rechange pour la prochaine fois où j'oublierai mon étui à lunettes sous une presse hydraulique. Enfin, dans un grand sourire, il m'annonce que mes lunettes seront prêtes dans 1 heure. Promesse tenue ! Comme il est 14h03, je le remercie de tout coeur et préviens que je repasserai plutôt dans la soirée.

Je vous épargne la nouvelle attente entre 18h10 et 18h30 devant le comptoir, le client devant moi qui essaie 4 cartes de crédit avant d'en trouver une qui fonctionne, la livraison où on s'aperçoit que les lunettes sont trop serrées au niveau du nez et penchent à gauche au niveau des oreilles (j'ai certainement dû bouger sur LA photo), la recherche du seul étui qui va bien pour ce modèle précis, l'oubli de la facture pour la caisse de maladie dont je m'aperçois alors que je suis déjà sur l'escalier roulant qui me ramène au parking et que je suis encadré par une procession de Caddies. La prochaine fois, j'essaie les lentilles ou l'opération. Et puis, surtout, la prochaine fois j'essaie de faire une chronique positive, parce que je me trouve assez négatif en ce moment...

03 janvier 2007

Tourne tes 3 langues 7 fois dans ta bouche avant de parler

Luxembourg est un pays qui comporte 3 langues officielles. Rapporté au nombre d'habitants, ça en fait beaucoup (multipliez par 100 pour avoir l'équivalent du nombre de langues officielles que pourrait avoir la France sans l'ordonnance de Villers-Cotterêts, ça laisse rêveur). On ne parle ici que des langues officielles avec un grand Z, pardon, avec un grand O.
L'Union européenne tout entière en compte une vingtaine, titre dont ne bénéficie pas le luxembourgeois, malgré sa reconnaissance nationale au côté du français (utilisé pour tous les textes de loi, vieilles réminiscences de l'époque Napoléonienne, dans la plupart des commerces et des publicités comme on le verra un peu plus loin, ainsi que dans la signalisation routière ce qui est bien pratique) et de l'Allemand (le voisin germanique ayant eu tendance, au fil des siècles, à être aussi envahissant que le voisin gaulois). Du fait de la présence de fonctionnaires européens, d'immigrés italiens, portugais et belges*, sans compter les nombreux restaurants asiatiques, on a un nombre encore plus impressionnant de langues pratiquées ici. Cela se voit, enfin s'entend, notamment si on va boire un coup dans un bar un minimum international (c'est-à-dire sans piste de quilles).

Malheureusement, si la perspective d'être trilingue est séduisante, surtout pour les parents obsédés par l'idée de faire de leur progéniture des petits génies du 21° siècle, force est de constater que peu de gens maîtrisent les 3 langues, en plus parfois de leur langue d'origine. Ainsi, je suis bien content quand j'arrive à répondre à la caissière du Cactus dans sa langue (car il arrive que les caissières de chez Cactus, comme les chauffeurs de bus et les fonctionnaires de la Caisse de Maladie, ne parlent que le luxembourgeois), mais il me suffit de connaître moins de 10 mots "Moien, Merci, Addi, Jo, Nee, Bis geschwann, Wann ech gelift", ce qui ne fait pas encore de moi un parfait bilingue. Loin s'en faut. Quant aux arcanes de l'allemand, malgré des efforts répétés durant ma scolarité et même 3 mois à Franfort, immergé dans les saucisses et la bière, il ne m'en reste que quelques vagues souvenirs de verbes irréguliers et de déclinaisons bien peu présentables. On pourrait croire que les enfants nés et scolarisés ici s'en tirent mieux, du fait notamment du multilinguisme de l'enseignement : l'école débute en effet en Allemand puis se poursuit en Luxembourgeois et en Français, sans parler de l'Ecole Européenne, de l'Ecole Internationale ou des autres établissements hors de prix dédiés aux différentes communautés, où les cours sont dispensés dans une quantité encore plus grande de langues. Et d'où les enfants ressortent évidemment encore plus intelligents, assoiffés de savoir et de connaissance.

Pourtant, il y a parfois des petits détails qui font penser que, au lieu de baragouiner une demi douzaine de charabias, il serait parfois meilleur de se concentrer sur une ou deux langues. Pour preuve, un petit morceau de publicité reçue hier soir dans ma boîte aux lettres et qui vante hardiment un mobilier de facture assez germanique (les canapés avec appui-tête intégré) dans un semblant de langue de Molière digne des pires prospectus de marabouts :


3 accoudoire + 3 sortes de dossier

Accune personne et comme les autre. Chaqu'un sont propre desir, tous comformable et beau. Votre programme et individuel et comformable. Chaqu'un peu choisier comme il le désir.

Non seulement il faut lire à haute voix pour comprendre mais même en enlevant les fautes d'orthographe et de grammaire, cela ne veut strictement rien dire. Et, en plus, ce canapé ne fait même pas démarrer les motos russes.

* Le premier qui me dit que les Belges parlent français gagne le droit de me conjuguer à tous les temps de l'indicatif et du subjonctif le verbe "avoir bon" puis celui d'apprendre le néerlandais et l'allemand pour se réconcilier avec les autres communautés du plat pays qui n'est pas le sien.

02 janvier 2007

Poésie du Quotidien

En cadeau de nouvel an, un photo-montage grand-ducal et une petite poésie. Elle est pas belle la vie ?


Je devrais chanter le théorème des accroissements finis
Le mode d’emploi du magnétoscope
Le programme télé de vendredi dernier
L’annuaire du Pas de Calais

Mais je suis un abruti
Je te parle de couchers de soleils
D’amour éternel et de mille merveilles
Crois-tu vraiment ce que je dis ?

Je devrais chanter la norme ISO-9002
La notice de montage de mon canapé Ikéa
Les clauses de mon assurance vie
L’article 8 alinéa 2 du code de la propriété intellectuelle

Je devrais chanter la recette du curry d’agneau
Mon horoscope chinois
Un programme informatique écrit en C++
Le registre d’état civil de Saint-Marie-aux-Mines
Je devrais chanter les cours de bourse de Tokyo
La météo marine de France Inter
Les consignes de lutte contre l’incendie
La beauté de la vie quotidienne
Voilà la poésie.

Mais je suis un abruti
Je te parle de couchers de soleils
D’amour éternel et de mille merveilles
Crois-tu vraiment ce que je dis ?