26 février 2008

Where the Streets have a Name


Dans bien des villes américaines, les rues portent des numéros, ce qui est très pratique pour se repérer, même sans plan, d'autant que toutes les voies se croisent à angles droits. Admettons tout de même que cela manque de poésie. Impossible de dépanner les touristes perdus, la 53° rue se trouvant bêtement entre la 52° et la 54°.

A Luxembourg ville, en général, on a droit a des noms assez classiques, style avenue de la Liberté, place de Paris, Metz, Nancy ou Bruxelles, boulevard Royal ou Grande Rue. Quelques prénoms, portés par des membres de la famille grand-ducale, se retrouvent également à l'honneur : Guillaume, Charlotte, Marie-Thérèse, Amélie, Henri, Jean et même un Adolphe, qui n'a évidemment rien à voir avec le dictateur de sinistre mémoire, malgré ce que croient quelques étrangers peu au fait de l'arbre généalogique des Orange-Nassau. Pour ne pas faire de jaloux, la rue des Romains croise la rue des Gaulois. Et les échevins en manque d'inspiration peuvent toujours se rabattre sur les événements ou les personnages historiques.

En France, la Poste propose aux élus à la rue un outil surréaliste pour les aider à choisir de nouveaux odonymes, sur un principe "Vandamotron", où l'on peut notamment piocher une surprenante rue "Bibiche" (dans la rubrique fantaisie, quand même)... L'exercice n'est pas si anodin, si on veut faire plus original que des noms de fleurs ou de musiciens. En effet, tout le monde préfèrera habiter Avenue Foch plutôt qu'Impasse du Chien Pendu, et il faut donc soigner ses administrés. Visiblement, ceci n'a pas travaillé les élus d'Hespérange, qui ont créé le pire nom de rue que je connaisse : "Allée de la Jeunesse Sacrifiée". Brrrrr.

Le panneau de la rue précise qu'il est fait référence aux victimes de la seconde guerre mondiale et non à d'obscurs rites sanglants de Carthaginois égarés sur les rives de l'Alzette. Si l'intention est louable, c'est quand même une adresse un peu dure à porter. Pas question d'y ouvrir un magasin de farces et attrapes, une crêche ou une boîte de nuit. Même une boucherie, c'est limite. Des villes que je connaisse, je trouve que ça arrive loin devant la rue des Martyrs, à Paris ou Saint-Etienne, la rue des Déportés à Metz ou le Pont des Fusillés à Nancy, pourtant particulièrement sinistre avec ses femmes de détenus qui hurlaient pour discuter avec leurs époux enfermés dans la prison en contrebas.

6 commentaires:

nanakilouche a dit…

Effectivement, c'est sinistre.
Mais je ne sais pas s'ils ont des monuments aux morts, au Luxembourg, vu qu'ils devaient être neutres, non ?
Donc c'est le même genre d'esprit. N'empêche, écrire à Mr Machin, 39 allée de la jeunesse sacrifiée, ça doit faire bizarre quand même !!

cyril a dit…

je n'ai jamais vu trop de monuments aux morts dans les villages, mais il y a au moins la célèbre Gelle Fra et la flamme devant la cité judiciaire qui font office de monument comémoratif.

Fireball a dit…

A ma ville, on a une "place de la jeunesse sacrifiée". Elle est en face des deux écoles. Honit soit qui mal y pense!

Anonyme a dit…

La cité judiciaire elle-même fera office de monument commémoratif...

beurk beurk beurk...

Sinon moi je garde un bon souvenir de ces femmes sur le pont des fusillés (le meilleur bar de la ville, le Royal, étant à 200 mètres de là, j'ai assisté à de grands moments de communication entre détenus et passants). D'autant que c'est encore une des rares prisons ou l'on arrive à se faire la belle 'à l'ancienne' (en faisant une corde avec des draps noués).

Anonyme a dit…

Le luxembourg n'a jamais été neutre mais bel et bien envahi par l'Allemagne nazie...il y a bel et bien des monuments aux morts et résistants de par le pays (petit).

Poulain a dit…

Je rebondis sur le pont des fusillés, j'habitais juste à côté et le soir c'était assez folklorique, surtout lorsque des femmes venaient se déshabiller sous les barreaux de la prison pour exiter les détenus!